CHAPITRE XLI
Retournons en Italie où les inquiétudes des diffé- 1526. rents gouvernements ne pouvaient qu'augmenter à mesure que la querelle des deux rois s'aigrissait, malgré les assurances qu'on se donnait de part et d'autre pour ramener en Europe une paix durable.
Lltalie surtout destinée, comme le disaient ses publicistes , à devenir la proie de l'empereur tout-puissant, ou à se jeter dans le parti de François T' trop malheureux , commençait des préparatifs de défense.
Qément VII se rendant aux motifs qu'avait allégués Machiavel pour prouver qu'il fallait organiser une résistance, lui ordonna de rédiger un examen raisonné des fortifications qu'il y aurait lieu de faire , pour mettre à l'abri d'une attaque la- ville de Florence: c'était flatter notre auteur qui, sous ce rapport, aimait à communiquer ses idées. Il demande d'abord l'envoi de quelques fonds, afin qu'on ne mette pas un impôt nouveau sur les citoyens, et il propose d'attendre que la récolte soit finie, et de commencer les fossés au-delà de l'Arno , en y employant, suivant l'usage du temps , des hommes de corvée de 1 8 à 5o ans. Quelque temps après , il adresse au pape le rapport intitulé : Relation d*une visite faite pour fortifier Florence. Cette relation, tres-détaillée, est un vérita-
a4o MACHIAVEL.
Lie mémoire d'habile officier du génie : tous les moyens de fortifications propres à arrêter l'ennemi y sont indiqués avec clarté. On remarque ce passage qui prouve avec quel zèle Machiavel servait les Médicis :
« Le capitaine (comte Pierre Navarre ') a observé que les habitants qui sont la terrasse dépendante du pont alla Carraja y se trouvent seigneurs du fleuve, et il voudrait leur enlever cette seigneurie en faisant un mur qui couvrît leurs maisons ; et il dit qu'à cause des trahisons il n est pas bien que les particuliers soient maîtres de cette partie du fleuve. »
Il ne faut pas douter que Clément VII ne continuât d'accorder à Machiavel une entière confiance, et ce sentiment se retrouve dans beaucoup d'occasions ; car il avait tant de talents différents , qu'après avoir obtenu une honorable confiance comme historien, il était consulté comme politique, et encore comme écrivain militaire.
Une lettre à Guicciardini , du 4 avril , laisse soupçonner que toutes les précautions vont être prises, même pour le cas de siège : Rome et Florence étaient si unies depuis qu'un autre Médicis avait succédé à Léon X, que les intérêts des deux états étaient comme confondus. Guicciardini se trouvait alors à Rome; il jouissait d'un grand crédit auprès du pape qui lui avait confié la place de gouverneur de Modène, avec le titre de lieutenant de Sa Sainteté , et il avait soin de lui montrer toutes les réponses de Machiavel. Dans cette nouvelle lettre il est question du comte Piétro,
» On avait envoyé prêt de lai Pierre Navarre qui avait alors la répnUtion d*étre nn des meillears ingéniears connos. Il 8*était distingoé auparavant an siège du château de rOEuf, à Naples, qu'il avait contribué k faire reprendre sur les Français. Fait prisonnier à la bataille de Raveune , il avait quitté le service d*Espagne, et il était passé k celui de France. A la fin de x5a6 , il fut nommé commandant de la flotte combinée dn pape et du roi.