‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 124 sur 274 · CHAPITRE XLI. a4i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI. a4i

probablement du même comte Pierre Navarre dont il vient d'être parlé.

« Le comte Pierre ^era ici demain , et après-demain nous nous efforcerons de lui tirer de la tête ce qui pourra s y trouver encore. »

Les dangers du pape et de Florence tenaient toujours occupé l'esprit de Machiavel. Il prédit en quelque sorte les affreux malheurs de i5a7, dès le 17 mai i5îi6. Il écrit à son ami ces propres paroles qui, si on les rapproche des événements de l'année suivante, doivent faire une vive impression. U veut exciter le pape à se prononcer contre les Espagnols et les Impériaux, et à se déclarer pour François 1*'.

« J ai entendu les rumeurs de la Lombardie ; on connaît de toutes parts la facilité qu'il y aurait à chasser ces malheureux de ce pays. Pour Tamour de Dieu, ne perdez pas cette occasion , et souvenez-vous que la fortune et nos mauvais conseils, et de pires ministres avaient conduit non le roi, mais le pape en prison. Les mauvais conseils des autres et la même fortune ne Fen ont pas tiré '. Tâchez, pour Famour de Dieu, qu'actuellement Sa Sainteté ne tombe pas dans le même danger, dont vous ne serez pas délivrés, tant que les Espagnols ne seront pas chassés de la Lombardie, où ils ne pourraient plus retourner. »

« Il me parait voir l'empereur, observant que le roi lui manque, et faisant au pape de grandes offres qui devraient trouver toutes les oreilles bouchées , pour peu de souvenir que vous eussiez des maux soufferts et des menaces dont on vous a accablés. Souvenez-vous que le duc de Sessa* s'en allait disant que le pontife avait commencé tard -à craindre

> II Tent dire qae le pape est comme en prifon k Rome, où il n'est pins défendu par la protection d*ane puissance redoutable , on enfin il se tronre k la merci de Charles-Qoint, qui a une armée près de Terracine.

* Ambassadeur de Temperenr près le Saint* Siège.

a4a MACHIAVEL.

César (Tempereur): je sais que les choses sont en un tel état que si le pape ne laisse pas perdre de temps, il est encore à même de contenir ce monarque. Vous savez combien d'occasions ont été perdues ; ne perdez pas celle-ci. Ne vous remettez pas à la fortune et au temps , parce que le temps ne ramène jamais la même chose , et que la fortune n*est pas toujours la même. J'en dirais davantage, si je parlais avec un honmie qui n'entendit pas les secrets, et ne connût pas le monde. Délivrez d'un long souci l'Italie, extirpez ces énormes bêtes qui n*ont que le visage et la voix de Vhomme\ •

Guicciardini lui répond qu'il approuve tous ses sentiments.

1 526. ^^ ^^^ arrivé au mois d'août ; la ligue entre le pape, les Florentins, les Vénitiens, le duc de Milan dépossédé, et les Français, on pourrait dire aussi et Suleyman lui-même, contre Charles-Quint seul, avait été arrêtée. Guicciardini demanda au pape la permission d'envoyer de sa part Machiavel au camp de la ligue qui faisait le siège de Crémone, pour délivrer le château assiégé par les troupes de l'empereur. Cette permission obtenue, Guicciardini indiqua à son ami les principaux points qu'il devait observer. Il s'agissait surtout de bien pénétrer les intentions du provéditeur pour les Vénitiens.

Dans l'intervalle, nous voyons reparaître François Vettori qui se souvient toujours de son ambassade en Allemagne avec Machiavel, et de leurs correspondances après sa disgrâce. U lui explique ses sentiments sur les événements nouveaux, il déplore une défaite des Florentins sous Sienne.

« J'ai entendu dire souvent que la peur est le plus puissant maître qui soit au monde , et j'en ai vu une expérience bien certaine. »

' C*est dtê Allemands qae Machiavel parle ici dans son fimatiime poUtiqae.

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