CHAPITRE XLI. a
Robèrtet écrire dieâ lettres de feu , on ne le croit pas, parce quim n'en Toît pas les effets , et Ton ne croira indubitablement qu'à TouSj quand vous écrirez que des Suisses ou des lances au serrice de sa Majesté commencent à paraître. Il y a des lettres d'Espagne du 9 juin: César était à Grenade ayec peu d argent^ et Ton remarquait froideur et irrésolution pour toutes les choses. »
Une lettre de cette époque, sans adresse, mais de la main de Machiavel (je la crois écrite au comte Pierre Navarre), dépeint la mauvaise intelligence qui règuje entre les che£s de la ligue. Il blâme surtout la conduite du duc dlJrbin de la Rovère, et il couvre d'éloges la conduite noble et ferme de Guicciardlni.
Comme il est difficile que, même dans les circons*t&nces de dangers, il ne lui échappe pas qudque plaisanterie, et que ce genre de gaîté subite est une des particularités de son caractère , il dit :
« Nous aurions besoin que Jui^on allât prier Éole pour nous , et lui promit la comtesse , et tout ce que Florence a de dames , pouje qu'il donnât la liberté aux vents en notre faveur ; et sans doute, sans les Turcs' , les Espagnob seraient venus faire la Toussaint avec nous. »
Cependant les Français commencèrent à descendre en Italie vers les premiers jours de septembre.
Machiavel avait écrit à Guicciardini quelques-unes 1526. de ses observations militaires sur les opérations de l'armée. A l'arrivée de cette lettre, le président Guicciardini assemble le conseil où assistent le vice-légat, l'ambassadeur du duc de Milan , le lieutenant du marquis de Mantoue , et toute la haute baronnie. Il lit la lettre de Machiavel qui est généralement approuvée.
' Noiu voyons ici la preure qne Soleyinaii avtit teno parole à François I*'' , et qne les diversions qu'il avait promises inquiétaient l'empereur.
a46 MACHIAVEL.
Voilà un succès de militaire consultant qui est bien dû aux sages avis d'un tel maître dans cette science ! L'amitié pour Guicciardini ne se démentait pas. Associés tous deux dans cette entreprise, ils ne s'abandonnaient pas l'un l'autre. Machiavel ouvre toujours le fond de son ame à un ami si dévoué.
« Quand j arrivai à Modène , Philippe vint au-devant de moi et me dit : « Est-il donc possible que je n'aie pas fait une chose qui ait été bien ?» Je lui ai répondu en riant : « M. le gouverneur ' , ne vous étonnez pas , c'est votre défaut. Mais cette année , il n'y a personne qui ait fait bien et qui n'ait fait tout à l'envers. L'empereur n'a pas pu se plus mal conduire , puisqu'il n'a pas envoyé à temps du secours aux siens , et il le pouvait facilement. Les Espagnols ont pu quelquefois nous faire de grandes niches , et ils ne l'ont pas su faire. Nous avons pu vaincre , et nous ne lavons pas su. Le pape a cru plus à une plumée d'encre, qu'à mille fantassins , qui lui suffisaient pour le garder. Les Siennois seuls se sont bien comportés (ceux qui venaient de battre les Florentins sans le vouloir), et ce n'est pas merveille si, dans un temps fou, les fous réussissent, de manière qu'il serait pis d'avoir fait bien que d'avoir fait mal. »
< Ce Philippe , dont nous ne voyons le prénom dans ancane leUre de Gnîcciardiniet de Machiavel, était apparemment commandant de Modène on Guicciardini avait la dignité de lieutenant de Sa Sainteté. Machiavel appelle ce Philippe gonvemenr , probahlement par plaisanterie.