‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 127 sur 274 · CHAPITRE XLIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIL

Cependant le pape pensa à appeler Machiavel à 1526. Rome : mais ensuite il fît suspendre ce voyage ^ et il donna à Florence Tordre de l'expédier auprès de Guicciardini, son lieutenant à Modène. La lettre de créance est délivrée par les Signori Otto di Pratica.

« Toutes les fois que notre ville et le Magistrat ont envoyé quelques-uns de leurs citoyens ( assurément Machiavel né* tait plus considéré comme ammonito) dans une légation semblable ^ on élisait une personne convenable ^ on Tinformait, de bouche , du traité , et de la manière dont elle devait agir, et Ton ne pensait pas à lui donner d'instructions , comme il est d*usage de le faire, pour rappeler les points principaux d*une commission : aussi , quant à toi , Nicolas , toi qui es un citoyen d*une telle probité , la présente n'est pas pour régler ta conduite, mais pour observer l'antique usage, et pour que tu te souviennes qu'en substance tes commissions consistent dans les points ci-dessous détaillés. »

« D'abord tu te transporteras avec le plus de célérité possible auprès de messer Guicdardini. Tu lui donneras connaissance de l'état de désordre où se trouve notre ville, pour largent, les troupes et les chefs. »

Les Signori assurent que néanmoins ils montreraient bon visage à la fortune, s'ils connaissaient que leurs forces fussent suffisantes. Ils ont d'ailleurs résolu de nommer chef de leurs soldats le comte Pierre Navarre; ils s'adressent au président-gouverneur, lieu-

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tenant du pape , comme à un de leurs concitoyens qui aime sa patrie; ils désirent faire un accord. Cest à Guicciardini qu'ils confient le soin de le conclure , pour qu'il les aide autant que les circonstances le permettront.

Ici commence la correspondance politique de Machiavel avec les magnifiques seigneurs.

Il est arrivé à Modène , il va voir le lieutenant du pape, il lui présente les lettres de la Seigneurie. Les quinze mille Lansquenets qui viennent d'arriver en Italie, et qui effrayent tant Florence, ont l'air de se diriger sur Milan , où ils pensent à se réunir aux Espagnols. Le duc d'Urbin, généralissime de la ligue, est dans le Mantouan, et ne pense pas à faire de mouvements. L'armée formée' précédemment par Jean de Médicis ' s'élève à quatre mille hommes : il paraît encore que là on avait suivi toute la pensée de Machiavel. Mais malheureusement Jean vient de succomber aux fatigues de la guerre. Le lieutenant pense qu'il n'y a aucun moyen de songer à la paix. L'envoyé ajoute qu'on ne peut pas penser à corrompre les Allemands, parce qu'avec les Espagnols, ils n'ont qu'un même chef. Une paix ne pourrait se traiter qu'avec ceux qui auraient des pouvoirs de l'empereur. Charles de Bourbon, qui commande l'armée, n'a pas ces pouvoirs; ils ont été donnés au vice-roi de Naples , Charles de Lannoy, et à don Ugo. On croit d'ailleurs que le pape a déjà fait des tentatives de conciliation.

Dans une seconde lettre renfermant des détails peu importants , il annonce que , comme les Lansquenets s'éloignent de la Toscane, il va, conformément aux ordres qu'il a reçus , revenir à Florence.

' Qai s'appelait alors l'armée des Bande Ncre,

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