CHAPITRE XLII. a
Il paraît qu'il y arriva vers le milieu de décembre. 1 526.
Suspendons le récit, pour examiner de plus près la conduite de Machiavel. Il voyait en quelque sorte se développer devant lui des circonstances semblables à celles où il s'était trouvé à l'époque de la chute du gonfalonier Sodérini. C'étaient, il est vrai , d'autres hommes et d'autres noms; mais encore cette fois, la république n'avait pas deviné quel serait le parti vainqueur. Le système du gouvernement pontifical avait entraîné dans sa ruine celui du gouvernement de la république. Une catastrophe était imminente. Il n'y avait d'incertain et de mystérieux que l'ordre dans lequel les deux villes souffriraient un désastre. La ruine de Rome devait-elle précéder celle de Florence? La ruine de Florence devait-elle précéder celle de Rome? Devait-on d'abord occuper le Vatican , ou abattre le parti des Palle ? Il n'était pas possible que Machiavel ne prévît pas ces malheurs. S'il y a des hommes qui lisent d'avance dans l'avenir, et qui peuvent annoncer les malheurs d'un pays , ce sont les hommes qui sont doués de l'esprit de prévision que donne l'habitude des affaires. Dans une telle situation , quelques-uns de ces hommes privilégiés, avertis par leur prescience y se tiennent en arrière , et manquent tout à la fois à leur parole, à leur parti, à leur honneur : Machiavel, au contraire, bien certainement du nombre de ceux qui étaient avertis , et peut-être plus averti qu'aucun autre, puisqu'il était resté calme, et qu'il donnait successivement les conseils de la force et de la raison, reste tout entier, et incorruptible, dans un sentiment d'attachement et de dévouement à des chefs qui l'ont aimé et apprécié si tard , qui lui ont fait acheter quelques stériles secours par de longues plaintes et de pénibles veilles, qui l'affectionnent, actuellement que
a5o MACHIAVEL.
presque seul il se déclare encore pour eux, et qui peut-être , car la prescience de Machiavel va si loin qu'il sait encore avant les autres quelle est Tingratitude d'un vainqueur, et qui peut-être le caressent, déjà disposés à l'abandonner plus tard, après l'avoir vu aussi noble dans les actions qu'éloquent dans les préceptes. Mais pourquoi interromprions-nous plus long-temps les témoignages d'une fidélité si honnête et si courageuse?