‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 129 sur 274 · CHAPITRE XLIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIIL

Au commencement de février i5a6 (15^7), les Otto 1627. di Pratica envoyèrent une autre fois Machiavel auprès du Guicciardini. Ce lieutenant du pape était plus que jamais le personnage le plus influent de la ligue, et naturellement le plus dévoué aux Florentins. On ne pouvait ensuite capter plus fortement sa bienveillance, qu'en lui envoyant son meilleur ami.

« Nicolas , tu te rendras , par la voie la plus sûre et la plus prompte , auprès de messer François Guicciardini. »

Ces instructions témoignent la plus grande inquiétude de ce que les Lansquenets (l'armée de Charles de Bourbon) et les Espagnols, réunis, paraissent se diriger sur la Toscane , pour de là passer à Rome. Les Florentins ont compté sur les secours de la ligue ; aussi ils désirent savoir de sa Magnificence , le lieutenant de Sa Sainteté , si ces secours sont de nature à rassurer la Seigneurie : l'envoyé doit demander toutes ces informations promptement. La Seigneurie sait, par ses rapports , qu'elle peut compter siu* l'appui du roi très-chrétien et des Vénitiens, parce qu'enfin si elle avait à souffrir la première , il est certain qu'après elle, le roi et les Vénitiens courraient aussi des dangers.

Les excursions de l'ennemi empêchent l'envoyé de 1 527. Florence d'arriver à Parme avant le 7 février. Le Ueutenant du pape, avec lequel il s'est abouché, estd'ac-

a5a . MACHIAVEL.

cord avec le duc d'Urbin sur la nécessité d'aller au secours de la Toscane , si les ennemis en prennent le chemin , et pour cela , le duc se montre très-ardent. Il diffère cependant avec le lieutenant sur la manière d'opérer ce mouvement. Sa Seigneurie le duc veut que le marquis de Saluées forme l'avant-garde ; le lieutenant pense qu'il est plus sûr que ce soit le duc qui marche le premier. Le lieutenant désire donc que Machiavel parle dans ce sens au duc d'Urbin. En conséquence Machiavel lui expose ce sentiment dans les termes les plus forts et les plus propres à le persuader; il vante la confiance que la ville a mise dans la personne du duc, mais celui-ci reste inébranlable dans sa première pensée. On convient enfin que le lendemain , avec les plans convenables , on traitera cette question.

Lesenneinis font des provisions de vivres, et quand ils en ont ramassé , ils les conduisent dans un lieu qui ne laisse pas deviner s'ils partent ou non pour la Toscane.

Machiavel continue de rester à Parme. Les ennemis font des mouvements incertains. On ne sait s'ils veulent se porter sur Lodi ou Crémone. Dans une escarmouche , près de Plaisance , le comte Guido au ser-* vice de la ligue a fait prisonniers trois chefs ennemis; il s'en est Éallu de peu qu'il ne s'emparât du prince d'Orange '. Les chefs français qui se trouvent au camp du duc d'Urbin , et le duc d'Urbin lui-même , pensent qu'il est nécessaire de faire devant l'ennemi une dé-» monstration, pour prouver qu'ils sont vivants. Le duc de Bourbon a paru dans le camp des Allemands. Dans le Milanais, cependant, b^iucoup de terres et

* fh9â»crt de QiAloas , prince d'Onage , eombanftît dani TanÉne impérfale.

Page 1