‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 130 sur 274 · CHAPITRE XLIII. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII. a

de châteaux s'obstinaient à se défendre, parce que Milan et d'autres villes s'étant rendus sans conditions à l'armée impériale, ils n'en avaient pas moins été d'abord imposés, ensuite ravagés par les soldats. Des traitements si féroces avaient tellement aigri les peuples, qu'ils voulaient moiuir plutôt que de souffrir de pareils fléaux.

Ici Machiavel, fidèle à ses principes ordinaires de prudence, fait entendre que si on attaque une armée si formidable , on n'obtiendra pas d'avantages , mais que si on se borne à temporiser, il résultera de la confusion des commandements dans le camp ennemi , qu'on pourra parvenir à la détruire. Il finit par assurer que lorsqu'il saura que les mouvements de l'armée de la ligue seront bien convenus, il partira pour Florence, où il portera les résolutions qui auront été arrêtées pour la défense de la patrie.

Toutefois on ne peut persuader au duc dlJrbin de Ésdre partie de l'avant-garde : d'ailleurs il est tombé malade d'une attaque de goutte, accompagnée de fièvre, et il est obligé de penser au soin de sa santé. Ce qu'il faut déplorer, c'est qu'il est parti pour Casalmaggiore encore plus mal disposé d'esprit que de corps : pour le corps, il faut prier Dieu qu'il le guérisse; quant à l'esprit, c'est aux Seigneuries à y penser. C'est ainsi que croit celui qui est ici^ et si ceux qui sont à Florence étaient à Parm,e, ils penseraient de même que celui qui est ici, et ne croiraient pas que les victoires qu'on a eues à Rome suffisent pour vaincre la Lombardie. I^ lieutenant recommande, dans le moment même, de faire faire aux fantassins le paiement qui doit échoir le a 3 février : si cette solde manque, on ne disputera plus sur rien, et tout sera perdu sans remède.

a54 MACHIAVEL.

1527. Le comte de Cajazzo, un des généraux ennemis , a quitté leur service, et le lieutenant du pape Ta enrôlé au service de Sa Sainteté.

• Ce point donnera de la réputation à nous, et Tôtera aux ennemis, parce qu'on pense que le comte de Cajazzo étant prudent, s'il avait vu les affaires impériales en bon état, il n'aurait pas pris ce parti. »

L'armée de la ligue cependant s'était repliée. Les Impériaux continuaient d'avancer. Machiavel examine dans une de ses lettres tous les mouvements que peut faire l'ennemi, et il donne son avis dans toutes les suppositions possibles. Cette lettre est celle d'un stratège expérimenté.

U est arrivé un incident particulier, et, à ce sujet, renvoyé montre sa sagacité ordinaire. Le marquis du Guast, général ennemi, étant malade, a demandé un sauf-conduit pour pouvoir avec sa famille retourner à Naples par la Romagne. Il ne parait pas raisonnable qu'il veuille passer par un pays où, après lui, se répandrait le bruit d'une attaque. Le 8 mars, l'ennemi n'a pas fait de mouvements. Il a tombé une effroyable quantité de neige. On en trouve un bras de hauteur dans toutes les parties de la ville.

Machiavel se félicitait d'avoir dit souvent que les princes d'Italie méritaient d'être soumis à un seul maître, que jamais ils ne parvenaient à s'entendre pour le bien général. Les ennemis ont proposé au duc de Ferrare un accommodement. Ik respecteront ses possessions, s'il veut donner des vivres, des chevaux poiu* l'artillerie, et de la poudre G)mme dans ce moment l'état des chemins et les maladies incommodent beaucoup l'ennemi , Machiavel déplore l'aveuglement du duc de Ferrare prêt à accepter l'accommodement.

Page 1