‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 131 sur 274 · CHAPITRE XLIII. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII. i

« S*il lui revenait dans la tête un peu de cerrelle ( expression favorite de Fauteur, et qu'il a échangée comme on a vu avec Guicciardini ) , il pourrait par un tel temps, en deux jours, tout en restant assis, et en dormant ^ terminer une pareille guerre. »

Les Vénitiens crurent alors qu'ils devaient foire connaître au lieutenant du pape leurs, bonnes dispositions pour achever promptement cette guerre désastreuse. Ils annoncèrent en même temps que le duc leur promettait qu'ils auraient la victoire.

Le lieutenant, voyant combien de semblables bravades avaient peu de rapport avec les faits, écrit à Venise pour désabuser les chefs de la république. Machiavel conjure en même temps la Seigneurie de tourmenter le duc d'Urbin, et de l'importuner pour qu'il fasse son devoir.

Les dangers que courait particulièrement Florence, 1527. devenaient de jour en jour plus menaçants. Ce n'était pas pour Rome que l'on craignait encore. Ce sentiment de respect pour le pape, qui avait toujours arrêté les différents conquérants chrétiens, durait toujours. On ne croyait pas que l'empereur put renouveler par ses lieutenants les scènes d'Attila. On ne craignait que pour Florence, et l'on avait raison, quoique l'événement ait prouvé le contraire. Le même Machiavel qui avait conseillé la guerre, mais qui voyait de si près la mésintelligence des puissances italiennes, qui voyait ces Vénitiens croyant ou feignant de croire aux forfanteries du duc d'Urbin, ce duc de Ferrare, au lieu de dormir j fournissant aux ennemis les moyens d'avancer et de combattre, Machiavel ne pouvait plus donner les mêmes conseils : il écrit franchement et noblement à la Seigneurie. On avait parlé d'une trêve. On demandait à la Toscane 4o ou 5o,ooo ducats. Il

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est d*avis qu'il faut préparer et promptement , nonseulement 4o,ooo , mais bien 60,000 ducats , pour ne laisser aucun prétexte de refus à ceux des chefs ennemis qui ne veulent pas d'accord.

« Magnifiques seigneurs , si tous avez la pensée de sauver votre patrie, et de lui éviter les dangers qui aujourd'hui la menacent si violemment et si subitement , faites ce dernier effort , en ramassant cette somme. Elle servira à conclure la trêve , et à vous faire fuir les périls présents en vous donnant du temps, ou pour dire mieux, elle reculera la ruine, et si la trêve n*a pas lieu , vous aurez alors cette somme pour faire la guerre, ou plutôt pour la soutenir. Dans une mai^ière ou dans une autre , jamais l'argent ne fut plus nécessaire, ni plus utile. Dans une manière ou dans une autre, nous aurons gagné du temps. Et si jamais a été vrai le proverbe qui dit , Qui a le temps a la DÎe , aujourd'hui il est plus vrai que jamais. •

1 527. C'est ainsi qu'il fallait parler à un gouvernement qui n'avait ni les hommes^ ni \àfer. Il fallait lui conseiller de se procurer de l'argent. C'est un spectacle attachant et digne d'un haut intérêt, que cette attitude de Machiavel, qui n'est plus ici auteur et écrivain , démontrant à son aise des règles de conduite : c'est un politique affermi dans ses idées , qui donne des conseils généreux, et qui dirige en quelque sorte lui-mcme le timon de la république. Il faut inîîster sur ces circonstances, parce que généralement on ignore ou l'on feint de ne pas savoir que Machiavel rentra activement dans les affaires. On le représente presque habituellement comme plongé à jamais, depuis les événements de i5ia, dans une disgrâce complète. Ce grand talent avait relevé sa fortune par ses ouvrées. Ce n'est plus la réputation de secrétaire qui le sert en ce moment^ c'est cette renommée d'his-

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