‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 133 sur 274 · CHAPITRE XLIII. aSg · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII. aSg

« Quel accord youlez-yous solliciter d*uii ennemi qui, ayant encore les Alpes entre lui et tous, exige cent mille florins dans trois jours, et cent cinquante mille dans dix jours ? Quand ils seront près de vous, la première demande qu'ils feront sera celle de toutes yos richesses. *

Que louerons-nous le plus de la force du raisonnement, ou de la dignité du langage?

« Sans doute, et Dieu yeuille qu'il en sdit autrement, ils yiennent attirés seulement pa^ l'espérance de faire de yous une proie assurée. U n'y a pas d'autre moyen de fuir nos maux que de détromper ces ennemis : si cela est à faire, il yaut mieux les détromper avec les Alpes ^ qu^avec vos mU" railles. Il faut employer ici toutes les forces que vous avez là, pour retenir ces ennemis ici. S'ils y restent encore peu de temps, ik se dissoudront, parce qu'on sait de source certaine que si , pendant le mois , ils ne parviennent pas à occuper de grosses villes (ce qui n'arrivera point, pourvu qu'on ne nous abandonne pas), de nécessité ils périront. Si la défense de ce côté des Alpes ne réussit pas , vous ramènerez à Florence les forces que vous aurez rassemblées ici. »

Le citoyen ,1e politique, le général, si l'on peut encore lui donner ce titre, ne pouvaient pas parler un autre langage. U ne fîit pas écouté.

Sur ces entrefaites Charles envoie un trompette à Faenza. U demande trois choses : i^le passage assuré, et sans inquiétude, le long de la ville; 2^ des vivres qui seraient payés; 3^ la permission de laisser ses malades dans la ville pour les y faire soigner.

Les trois demandes ont été refusées. Voilà les Italiens qu'il fallait à Machiavel pour que son audacieuse entreprise eût plus de succès !

Le matin du 8 avril, Farmée s'est présentée près de 1527. Faenza, à portée de Fauconneau y et voyant la bonne mine des habitants prêts à faire résistance , elle a pris le chemin de Ravenne.

a6o MACHIAVEL.

Machiavel affectionnait tellement Jean de Médicis, qu'il continue d'appeler V infanterie de Jean de Médi-cis celle que ce général avait levée, et qui depuis sa mort était en partie passée au service de France. L'armée de la ligue occupe Forli. Les chefs des Français et des Suisses, en mésintelligence avec le lieutenant du pape, combattent sans méthode, et ils exécutent tard ou mal les ordres qu'on leur a donnés. Les confédérés ont pour eux le pape; ils ont des vivres, de l'argent, des communications faciles, mais ils sont désunis. L'armée impériale est dans la détresse de vivres et d'argent, livrée à des maladies contagieuses, mais elle est unie, et paraît ne vouloir pas reconnaître une trêve que l'on dit avoir été signée par le pape et le vice-roi.

Cet état alarme Machiavel; il ne voit plus de raisons pour espérer quelque chose d'heureux d'une guerre si cruelle.

L'homme accoutumé à juger le malade tel qu'il est, ne conseille plus les remèdes de force, qui ne sont plus possibles; son courage ne l'a pas abandonné, mais sa raison avertit son courage de ne pas se méprendre et de changer de direction.

«Les choses sont arrivées à un tel point, Magnifiques Seigneurs , qu'il faut ou fabriquer, ou conclure la paix : puisque Ton est si mal servi , il faut chercher une paix supportable. En suivant la guerre, si ce camp ne se réunit pas, si on ne satisfait pas les chefs , si les Vénitiens et le roi ne deviennent pas meilleurs camarades , si le pape ne tâche pas d'avoir plus d argent , on court les risques évidents d'une ruine épouvantable. »

Les ennemis passent le Montone. On démêle qu'ils veulent yenir en Toscane; mais d'où, comment et quand , on l'ignore. L'envoyé accompagne cette ter-

Page 1