‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 134 sur 274 · CHAPITRE XLlIl. a6i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLlIl. a6i

rible révélation, de paroles à la fois fortes et flatteuses. Intrépide, toujours haut de caractère, et sublime de prudence, il semble porter à lui seul le poids de tous les malheurs de la république. Ce sont encore les propres lettres du négociateur guerrier qui continuent ce récit.

« On dit qu'il faut faire de nécessité yertu , mais si on ajoute nécessité à vertu , il faut que cette vertu croisse beaucoup, et devienne insurmontable. Vos Seigneuries en cette ville ont , par leur seule vertu , défendu jusquici et sauvé la Lombardie et la Romagne ; il est impossible qu'actuellement , en ajoutant la nécessité à la vertu , vos Seigneuries ne se sauvent pas elles-mêmes. >

Guicciardini surveille le duc de Bourbon , et il espère être près de Florence avant l'ennemi. C'est un mal qui est prévu; les Seigneuries ne doivent pas s'en affliger : elles ont su que cet ennemi pourrait toujours s'y présenter, s'il en avait l'intention. Il est permis de l'observer, s'il n'y va pas, de l'inquiéter, de se tenir près de lui; mais sa force est telle qu'il a toujours été le maître de porter ses mouvements où il a voulu , surtout depuis qu'on n'a pas envoyé à l'armée les secours de troupes que s'est réservés Florence.

Telle fut cette longue mission vraiment dramatique, où Machiavel déploya, s'il est possible, encore plus de talents que dans ses légations précédentes. Cette fois , il était seul , il jouissait de la confiance d'un des premiers généraux de la ligue, il prit part luimême à des opérations de la guerre, et néanmoins il s'exprime toujours avec la même modestie, et il ne lui échappe jamais une seule expression qui annonce une vanité militaire, ardente et déplacée.

n ne reste plus au citoyen florentin qu'à déplorer les malheurs de sa patrie, et l'insuffisance des secours

promis par François I^''. Ce prince avait si^é un traité en vertu duquel il consentait à remettre à l'empereur le duché de Bourgogne, la souveraineté de la Flandre et de l'Artois, et à épouser Éléonore,sœur de l'empereur et reine douairière de Portugal. Le roi livrait pour garantie du traité deux de ses enfants, le dauphin et le duc d'Orléans. Par suite de ce traité, le roi avait obtenu sa liberté le 1 4 février 1026. Il pensait à racheter ses enfants. Tantôt il dévorait en secret les affronts qu'il avait reçus , tantôt il annonçait ce désir de vengeance qui amena cette réponse célèbre au défi public fait par Charles-Quint. Pendant tous ces embarras sans nombre, Florence et Rome couraient les dangers qu'avait prévus Machiavel , et le duc de Bourbon , ne sachant comment payer une solde immense due à son armée, menaçait alors les deux capitales, faisant bien entendre qu'il fallait que l'une d'elles payât cette somme exorbitante, et laissant craindre que peutêtre après l'avoir acquittée, la ville qui aurait consenti à ce sacrifice, n'en serait pas moins livrée aux horreurs du pillage et de l'extermination.

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