CHAPITRE XLIV
Peu de temps avant son retour à Florence, qui fut 1527. nécessité par les mouvements du duc de Bourbon , nous voyons que Machiavel reçut une lettre de son fils Guido qui avait été malade : il écrivait à son père qu'il avait recouvré la santé. Nous rapporterons cette lettre, la seule de cette nature qui nous soit parvenue. Considérons donc un moment Machiavel dans ses relations de père et d'époux, car il parle de sa femme dans la même lettre.
« Guido, mon fils très-cher, j'ai reçu ta lettre qui m'a été bien agréable , surtout parce que tu m écris que tu es bien guéri, et je ne pouvais avoir une meilleure nouvelle. Que Dieu te prête vie et à moi aussi , je crois faire de toi un homme de bien , si de ton côté tu veux faire ce que tu dois. Outre les grandes amitiés que j ai obtenues, jai gagné l'affection du cardinal Gibo ' , et elle est si grande que moimême je m'en étonne : elle tournera donc à ton avantage; mais il faut pour cela que tu étudies. Tu n'as plus Texcuse Ae ia maladie. Attache-toi donc à cultiver les lettres et la musique : tu vois tout l'honneur que me fait un peu de laérite que j'ai. Ainsi, mon fils, si tu ve.ux donner du contentement à moi , de l'honneur et des avantages à toi , fais bien , apprends : si tu t'aides , tous t'aideront. »
« Puisque le mulet est devenu fou, il &ut le traiter au contraire des autres fous. On lie les' autres fous, et je vemt
■ Innoceot Cibo MalmpiM, archeréfoe de Géaes , et fiU d^nne sceur de Léon X
que tu le laisses libre. Tu le donneras à Yangelo , tu lui diras de le mener à Monte-Pugliano, de lui ôter la bride et le caveçon , et il le laissera aller où il voudra, gagner sa yie, et guérir sa folie. Le lieu est large : la béte est petite et ne peut faire aucun mal. Sans se donner de peine, on verra ce que cette bête veut faire, et si elle guérit, tu seras à même de la reprendre. A l'égard des autres chevaux , fais-en ce qu a ordonné Louis. Je remercie le ciel de sa guérison. Je suis bien aise qu il ait vendu les chevaux. Je sais qu'il a bien fait, ayant avancé de l'argent , mais je m'étonne et je me plains qu'il n'ait pas écrit. »
« Salue de ma part monna Mariette, et dis-lui que j'ai été prêt à partir de jour en jour, et que je suis toujours ainsi. Je n'ai jamais eu tant de désir qu'à présent de me retrouver à Florence, mais je ne puis faire autrement. Tu lui diras encore que quelque chose qu'elle entende dire, elle ait bon courage , et que je serai près de vous , avant qu'il y ait aucun embarras. Embrasse pour moi la Baccina , Pierre et Totto '. Je voudrais bien savoir si ses yeux, sont guéris. Vivez heureux. Dépensez le moins que vous pourrez^ et recommande à Bernard qu'il ait soin de faire bien. Je lui ai écrit il y a quinze jours et je n'ai pas de réponse. Que le Christ vous conserve tous ! »
On voit par cette lettre que Mariette Corsini vivait encore. La Baccina et Pierre étaient avec Guido, leurs plus jeunes enfants. Bernard était l'aîné.
Cependant une trêve avait été conclue à Rome entre le pape et le vice-roi : François Vettori en écrit à Machiavel, qui lui répond en lui donnant Tassurance que Guicciardini, dans tous les cas, se présentera avec son armée pour sauver Florence si l'armée du duc de Bourbon ne ratifie pas l'accord , comme on le craint.
I Totto érait frère de MachiaTel comme on Ta to tom. I'', cbap. ÎT, pag. 56. Totto eat un diminnlîf de Gualterotto; quelques uns disent qn*il est aussi le diminulif de Angiolo, AngioUtio , Angiolotto,