CHAPITRE XLV
naux suspenduS| les lois foulées. On parle indifféremment d'un yol ou d*un homicide. Les places, les marchés, où se réunissaient les citoyens, sont devenus des tombeaux et des réceptacles de vils rassemblements. Les hommes vont seuls, et au lieu de rencontrer un ami , on ne rencontre que des gens infectés de la maladie pestilentielle. Si un parent trouve son parent, si un frère trouve son frère, si Fépouse trouve le mari , chacun d'eux s éloigne. Qu 7 a-t-il de plus ? les pères et les mères évitent leurs propres enfants et les abandonnent. On porte à la main, ou plutôt on tient sous son nez, Tun des fleurs, Tautre des herbes odorantes, celui-ci des éponges imbibées , celui-là des flacons , un autre des boules coniposées de divers ingrédients, et ce sont là les précautions. Il y a certaines cantines où Ton distribue du pain. On sème pour moissonner des bubons. Les conversations sur la place, qui étaient honorables, ou qui avaient pour but le commerce, se convertissent en relations tristes et misérables; Ton dit : « Celui-là est mort, cet autre est malade. Celui-ci a frii, celui- « là est retenu à la maison. Il y en a un à Thôpital, Tautre est « de garde. Il en est qu'on ne trouve plus. >
« Il ne court que de semblables nouvelles, propres, par l'imagination seule , à faire tomber malade jusqu'à Esculape lui-même. »
« Beaucoup vont recherchant la cause du mal ; quelquesuns disent : Les astrologues nous menacent ; quelques autres : Les prophètes l'ont prédit. Celui-ci se souvient de tel prodige ; celui-là accuse la qualité du temps , la disposition d'un air favorable à la peste ; il assure qu'il en fut de même en 1348 ' et en 1478. On dit tant de choses! Tous concluent
< Indépendamment de la peste de i348 décrite par Boccace, il j en ent noe en t358. Voici ce qn*on lit dana la cbronîqoe de Mathieu Villani, édition de i58i , Ut. YIII, chap. XXY , pag. 445 , à l'année i358. « Comme il avait régné sana interruption , depuis le commencement de ThWer jnaqu*an mois de janvier, un air très-subtU, clair, serein, et qui s*était maintenu sans vents et sans nuages, ce qui n'arrive pas ordinairement, on connut par expérience que cet air avait produit une influence qui fit refroidir à peu près tous les corps humains dans la ville, dans les environs, et dans le district de Flo-
d'accord, que nous avons à redouter le fléau non-seulement, mais encore bien d autres maux. Voilà les raisonnements agréables qu'on entend à tout moment, et quoique je pusse placer, en un seul mot, devant les yeux de votre esprit, letat de notre misérable patrie, en vous disant d*imaginer qu'elle est tout-à-fait dissemblable de ce que vous lavez vue (car aucune chose mieux que cette comparaison faite en vousmême ne pourrait vous le démontrer), je veux cependant que vous considériez que tout ce que vous pouvez imaginer n'arrive jamais à pouvoir atteindre la vérité. Je ne puis pas vous donner de meilleur exemple que le mien : je vous décrirai donc ma vie, afin que vous puissiez y découvrir celle de tous les autres. »
« Sachez donc qu'un de ces jours de travail, je partis de ma maison à Theure où les vapeurs terrestres sont dissipées par le soleil , pour aller prendre mon exercice ordinaire : j avais préalablement usé de quelques précautions et de certains antidotes contre la maladie vénéneuse, antidotes dans lesqueb j'ai une grande foi , quoique Mingo ' dise que ce sont des cuirasses de papier. »
« A peine eus-je fait quelques pas, qu'il fallut renoncer à toute pensée de choses même graves et nécessaires , parce que le premier spectacle qui s'offrit à mes regards , pour bon augure, fut celui des fossoyeurs, non pas de ceux qu'on em-
rence et dei pays avoisinanU , et qui fit dorer ce froid empoisonné dana les oorps plos de temps qo*il ne devait dorer ordinairement. Avec la diète , et les antres remèdes qoe les médecins inventaient et administraient, ils ne pouvaient hAter la goérison, ni se garantir eux-mêmes de ce mal. Beaocoop de personnes après one longoe maladie succombaient , et ao printemps , un grand nombre mourut de mort subite. Les astrologues dirent que le mal était causé par Vinftuence d'une consteilation, d'autres par le trop de subtilité de Tair dans la saison du printemps. » Nos médecins ne pônrraient-ils pas reconnaître dans les symptômes décrits asses clairement par Fbistorien Villaui» quelque cbose deceo^ du cboléra quia ravagé la France pendant Tannée dernière? ee froid empoisonné têt an des symptômes de cet affreox cboléra. Les Florentins avaient de fréquentes communications avec le Levant pour leurs affaires de commerce , et ce fléau a pu venir des Indes par TÉgypte , jasqo*en Toscane. ' Mingo Biancbelli de Faensa qoi a écrit sur la peste.