‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 142 sur 274 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

cher. Il entre dans Féglise de Santissîma^Trinitày et il y voit un homme seul, mais un homme qui parait d'un rang supérieur. Il lui demande pour quelle raison il est dans cette ville au milieu d'un tel péril. Celui-ci lui répond qu'il est retenu par Famour de la patrie que méconnaissent tant de citoyens ingrats. Le voyageur, de plus en plus courageux , remontre à cet homme si généreux qu'il vaut mieux quelquefois s'éloigner de la patrie, et se conserver pour elle, que de rester dans un danger où tout appui est inutile. Alors cet homme lui avoue qu'il reste ainsi, non par tendresse pour la patrie, mais par amour pour une femme qu'il lui montre agenouillée plus loin dans l'église. Il lui fait ensuite un raisonnement singulier. On ordonne la gaité comme un remède contre la peste : être auprès de l'objet de son amour, même au milieu de la contagion , est un motif de joie , de la plus grande joie humaine. Si vous voulez, comme moi , devenir amoureux, et rester auprès de votre amie, vous êtes encore à temps, et vous éviterez la peste.

Le voyageur, mécontent pour le moment d'une pareille recette, et jugeant l'amour une peste plus pernicieuse et plus longue, quitte cet homme si passionné sans dire autre chose.

Le voyageur va ensuite à Santa- Maria -NoifeUa. Cette église était moins solitaire. Il l'appelle l'église favorite et fortunée entre toutes les églises : il résolut d'y attendre la fermeture des portes. Une jeune femme, en habits de veuve, y était aussi restée. Il fait ici une description de la beauté de cette femme. Oublions Tacite, c'est Tibulle lui-même qui trace ce petit portrait, l'un des beaux morceaux de prose erotique que Ton trouve dans la langue italienne. Il est difficile d'imaginer à quel point de perfection l'auteur a porté son

style, et de combien d'images fraîches , élégantes, gracieuses et fleuries il a embelli ce passage qu'il a travaillé avec le soin le plus réfléchi. 1527. Je ne puis cependant rapporter cette description qui a quelque chose de plus animé , et même de plus poétique que le portrait de la dame conductrice des animaux de Circé.

Il s'approche de la veuve, et lui demande pourquoi elle demeure si long*temps dans le temple. Celleci répond qu'elle a attendu en vain qu'on célébrât les complies; qu'elle est veuve, comme on le voit à ses habits; que son époux est mort de la contagion, et qu'elle-même est en danger; et qu'ainsi, s'il ne veut pas se nuire à lui-même sans donner aucun aide, il faut qu'il se tienne éloigné. Les paroles, la voix, le ton, l'intérêt que montre cette dame, excitent la sensibilité du consolateur. 11 veut savoir aussi pourquoi elle est ainsi seule ; elle répond que c'est parce qu'elle est demeurée sans appui; il lui offre ses conseils, ses secours, et ne se souvenant plus apparemment de ce qu'il a dit de l'amour à l'homme de qualité de l'église Santissima-Trinità^ il finit par offrir sa main à la veuve. La dame reprend : « Les promesses de vous autres hommes sont longues , et la foi est courte ', si j'ai bonne mémoire des histoires passées. » 11 répond : a Celui qui écrit dit ce qu'il veut, mais qui sait lire avec fruit, se fie avec discernement, et ne doit pas se repentir d'avoir mal fait. » La dame accepte les secours et la main du voyageur, quoiqu'elle ne le connaisse pas, et qu'il ait même dit qu'il a un âge assez avancé. Il finit ainsi :

« Voilà, cher compère, ce qui s'est offert à mes yeux le

> Rcmimfcence indirecte do mot politiqat de Looit XU. Toyes tom I , ohap. IV, pa;. 76.

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