CHAPITRE XLV. Î
I*' mai. Vous saurez ce qui aura été fait après les noces, car actuellement je ne veux pas penser à autre chose. »
11 est bien certain que toute cette fin est une fiction à peu près imitée du conte de la Matrone d'Éphèse. C'est un conte autre que celui de Belphégor, mais c'est encore une sorte de nouvelle qui, surtout à cause de la conclusion par un mariage dans un temps de peste, a quelque chose de bizarre. J'ai passé sous silence plusieurs plaisanteries un peu vives qui s'expliquent par les moeurs du temps. Il est singulier que le dernier ouvrage de Machiavel ait eu pour sujet une catastrophe aussi douloureuse, que celle qui commença la série de malheurs sous laquelle Florence devait gémir pendant plusieurs années. Cette ville assez justement révoltée de quelques actes de mauvaise administration, devait s'insurger et supporter un siège long et sanglant : le secours de ses plus braves citoyens , celui de Michel-Ange lui-même qui était venu offrir ses conseils pour multiplier, le long des murailles, tous les moyens de défense, ne pouvaient pas être suffisants, et il était dans les destins que l'armée impériale victorieuse et avide, occuperait Florence, et y rétablirait le pouvoir de Clément VII. Quelques auteurs pensent que les désastres de la peste, en jetant dans les esprits l'habitude des souffrances et une sorte de mépris de la vie, déterminèrent cette résistance qui honora le courage des Florentins.
Ici Machiavel va cesser de parler lui-même. Nous avons fini l'examen de ses ouvrages. En nous entretenant ainsi de tombeaux, de fossoyeurs, de morts, et même si hors de propos, du sentiment de l'amour, Machiavel ne savait pas que sa destinée allait s'accomplir , que le dernier terme de la vie allait arriver pour lui , et que cependant la peste, ce fléau si meurtrier qui ravageait la ville, l'aurait épargné.
a8o MACHIAVEL.
Mais n'anticipons pas sur les événements que nous avons encore à rapporter.
On a tant parlé des derniers moments de Machiavel, que nous ne devons négliger aucune des informations que rhistoire a transmises : elles prouveront combien , à cet égard , on a répandu de bruits calomnieux et ridicules.