CHAPITRE XLVI
GuicGiARDiNi ne pouvait se passer de-son ami. Rome avait été prise d'assaut, et saccagée le 6 mai, après la mort du duc de Bourbon tué au commencement de 1 527. l'investissement de la place. Le duc dlJrbin n'était pas arrivé à temps pour secourir Clément VII, ou plutôt il s'était présenté sous les murs de Rome , avait fait reconnaître ses enseignes, qu'on avait très-bien observées du haut du château Saint- Ange, puis il avait disparu, quoiqu'en état d'inquiéter l'ennemi, et de pouvoir chercher à délivrer le pontife. André Doria avait amené une flottille à Civita-Vecchia pour offrir au moins les moyens de fuir. En conséquence, Machiavel se rendit à Civita-Vecchia auprès d'André Doria, et il écrivit de cette ville à Guicciardini le 22 mai. U parait que celui-ci voulait disposer de quelques vaisseaux de la flotte, et qu'il reçut pour réponse qu'elle n'était pas assez considérable pour qu'on pût en distraire aucun bâtiment.
Les quatre lignes qui terminent cette lettre montrent encore l'intimité qui l'attachait k GuicciardinL U est constant que sur plusieurs questions poUtiques du temps, ils avaient absolument les mêmes opinions.
« Nous avons confié à messer Doria les nouTelles de France et de Florence. Il a montré de la joie de toutes ces nouvelles, et à propos de Florence, il a dit que si le pape avait
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pris un semblable parti , il y avait un an , les choses seraient dans un autre état »
Ces paroles sont les dernières que Machiavel ait écrites dans des lettres familières , ou au moins dans celles qui nous sont restées.
1527. Elles sont sans doute relatives à la révolte qui avait éclaté à Florence contre les Médicis, et contre le pape, le chef le plus influent du gouvernement de cette ville, et qui avait toujours plus servi l'intérêt du Saint-Siège que celui de Florence.
Pour nous , ces paroles prouvent-elles que Machiavel avait blâmé la conduite des Médicis? Je ne le crois pas. Il rapporte le sentiment d'André Doria, d'un amiral génois, d'un étranger servant la même cause, mais pouvant penser autrement qu'un Florentin. Il ne dit pas son propre sentiment. 11 était impossible que, quoiqu'on l'eût fait attendre pour un emploi, un mouvement de reconnaissance n'eût pas attaché fortement Machiavel à Clément VII. On a vu combien de conseils ont été sollicités du publiciste. On a vu que le Saint-Siège ne s'y est pas rendu surle-champ, et qu'ensuite il les a approuvés et mis à exécution. On a vu cette longue et malheureuse guerre où Machiavel a joué un si grand rôle. Tant de malheurs n'étaient pas son ouvrage, mais il ne lui appartenait pas de blâmer ceux qui avaient suivi si aveuglément ses avis politiques. Peut-être même Machiavel devait-il secrètement s'en vouloir à lui-même de n'avoir pas dit , de n'avoir pas assez tôt connu que la division régnerait indubitablement parmi les puissances italiennes : mais quelle que pût être l'idée qu'il avait définitivement de l'insuffisance des milices de son pays, idée qu'il a tant de fois manifestée dans les termes les plus énergiques, le conseil qu'il a donné, le