‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 145 sur 274 · CHAPITRE XLVI. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI. a

conseil de faire la guerre , n'en était pas moins noble, généreux y et le seul à suivre. L'homme persuadé de la faiblesse des autres ne fait pas tout son devoir en la signalant; il y a un devoir plus rigoureux, parce qu'il est souvent rempli sans succès, c'est de porter les choses au point où il y ait à espérer que cette faiblesse, que cette désunion, que ce dé&ut d'ensem* ble, que ces intérêts divers, devant une ruine certaine , puissent passer successivement de la résignation à une sorte de frémissement, de ce frémissement à la force, de la force à l'audace, de l'audace à l'héroïsme même. Ce devoir, Machiavel l'a rempli ; il a dit : Le désespoir donne des conseils que n'a pas donnés la réflexion. Il n'a pas du, il n'a pas pu se repentir de sa conduite , et quoiqu'Alfiéri ait écrit de sa propre main, dans son exemplaire de l'Ammirato, où j'ai déjà puisé des opinions de ce grand homme sur le secrétaire florentin, quoiqu'Alfiéri ait fait cette réflexion, « Machiavel a pu voir sa patrie remise en liberté " » , ce n'est certainement pas dans un sentiment de joie et de bonheur pareil que Machiavel a dû mourir. Il savait, lui, que les Médicis de ce temps , ayant abusé de leur autorité, et n'étant soutenus d'aucun grand talent militaire, pourraient être éloignés, mais qu'il reviendrait d'autres Médicis mieux inspirés, mieux soutenus encore, servis par le souvenir de la libéralité de Cosme, de la prudence de Laurent, de la fermeté de Léon X, des exploits de Jean, et au moins des bonnes intentions de Clément VII, et que les cris nouveaux de

' On trouve ces propret parolef mr Pexemplaire que j*ai tout les yeux. MachiavelU morï il M sa giugno i5a7 , onde potè vedere la patria rimessa in libertà,

Alfiéri ne s^éuit pas asses rendu compte des dernières actions politiques de Machiavel.

a84 MACHIAVEL.

liberté n'étaient peut-être pas autre chose que les cris des Pazzi, des cris d'ambition et de jalousie que des circonstances moins dures pour l'Italie feraient taire plus tard.

Mais s'il ne se r^rochait aucune action nuisible à sa patrie, Machiavel n'en devait pas moins éprouver une vive douleur des événements, affreux et de toute cette grêle de fléaux qui affligeaient Florence. Il revint de Civita-Vecchia vers la fin de mai. Au commence ment de juin, il sentit sa santé s'altérer. U avait confiance dans ce médicament dont il avait conseillé l'usage à Guicciardini ' ; il parait qu'il s'en servait pour apaiser de vives crispations d'estomac dont il souffrait quelquefois. Il ne consultait pas de médecin, tant était constante sa foi dans ce léger remède dont il avait éprouvé des effets heureux. Il se l'administra à lui-même sans doute avec quelque excès, et dans un moment où il fallait apparemment d'autres palliatifs : bientôt il fut surpris de vives douleurs. Il ne put ré- 1527. sister au chagrin et à la maladie réunis, et il expira le aa juin 1627, à l'âge de 58 ans, un mois et dixhuit jours, muni des secours spirituels de l'Eglise catholique, et assisté par des prêtres jusqu'au dernier moment de sa vie.

Une lettre de Pierre Machiavelli son fils à François Nelli, à Pise, dément les fables injurieuses inventées, depuis sa mort, par des écrivains calomniateurs. Voici le texte de cette lettre :

« Très-cher François, je ne puis retenir mes pleurs quand je dois vous dire que, le as de ce mois de juin, Nicolas, notre père, est mort de douleurs d'entrailles, causées par un médicament qu*il avait pris le ao. Il s est confessé de ses

• Voye» tom. H, chap. XXXIX, pag. aoo.

Page 1