‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 148 sur 274 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

vu les uns marquer d'un fer de réprobation son nom , que les autres vouaient à la gloire; enfin , c'est cette Iliade littéraire y ce dissentiment des nations les plus unies entre elles sous d'autres rapports , dont je vais tenter d'esquisser le tableau. J'ai cherché à porter la lumière sur tout ce qui concernait Machiavel , en distribuant attentivement , suivant les faits et les dates historiques , les innombrables compositions de ce génie qui s'élève comme un géant {giganteggia) audessus des auteurs de la Péninsule italique; autant qu'il sera possible, je présenterai, dans le même ordre, les attaques, les résistances, les imprécations, les É if ohé ' : chemin faisant, je serai forcé naturellement de combattre toutes les erreurs, et celles du blâme et celles de la louange, quand l'histoire se sera chargée de les dénoncer; et Dieu permettra peut-être , à la fin de ce travail, que le lecteur, juge suprême de ce combat, ne me laisse presque plus rien à ajouter sur ces hautes questions de morale et de gouvernement politique. Cette revue embrassera tous les ouvrages du grand Florentin, et portera successivement, sur chacun de ceux que les personnages cités auront jugé à propos d'examiner.

C'est un ami , un compagnon de Machiavel, qui paraît le premier dans la lice. Biaise Bonâcorsi, le même qui s'entretenait avec lui si familièrement en 1 5o2 *, écrit vers i5i6 à Pandolphe Bellacci, avec qui il est Ué d'une tendre affection :

« Parmi les proverbes grecs , très-cher Pandolphe, il y en a un dont voici la substance : « Les choses doivent être com- « munes entre les amis. » Quoique ce proverbe, à cause de

> Cri de louanges des Bacchantes en rhonneor de lear dien. * Voyes tom. I, chap. VI , pag. iia.

la malignité des temps et du peu de foi des hommes , n*obtienne plus l'antique et parfaite observance dans laquelle on le tenait auparavant, ce n*est pas qu'il ne doive être reconnu et pratiqué avec cette intégrité que demande une action si noble et si affectueuse : ne voulant m'en départir pour le présent, pas plus que je ne l'ai oublié par le passé, et te reconnaissant non-seulement comme un ami , mais encore comme un protecteur, je t'en voie le petit ouvrage ( /'Operetta) nouvellement composé sur les Principautés par notre Nicolas Machiavel. Tu y trouveras décrites, avec une grande lucidité et une brièveté remarquable , toutes les qualités des Principautés ^ ions les modes propres à les conserver, toutes les offenses qu'on peut leur faire : il y a joint une notice exacte des histoires anciennes et modernes, et beaucoup d'autres documents très-utiles. Si tu lis cet ouvrage avec l'attention que tu apportes à lire les autres choses , je suis assuré que tu n'en retireras pas peu (l'avantages. »

«Reçois-le avec la célérité qui convient, et prépare-toi à te montrer un courageux champion contre ceux qui par malice ou envie voudraient, suivant l'usage de ces temps, mordre et déchirer^, »

Nous voilà sérieusement avertis de l'importance du livre (c'est cependant le Traité des Principautés qu'on appelle ici Operetta). Il paraît que déjà cet ouvrage^ quoique ne circulant qu'en manuscrit, avait vivement excité la curiosité publique.

Clément Vil, par un bref du 2 3 août j 53i , accorda à Antonio Blado d'Asola, imprimeur, un privilège pour imprimer le livre des Principautés, les Discorsi et les Istorie. Monsignor Gaddi à cette époque accepta la dédicace des Discorsi que Blado lui offrit le 1 8 octobre de la même année , et celle des Principautés que lui offrit Bernard Junte (Giunta) le 8 mai i53a. Le

X Préface de réditîon de Ciardetti , Italia > 1826, pag. 17.

Page 1