‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 149 sur 274 · CHAPITRE XLVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIL

cardinal Ridolfi, de concert avec monsignor Gaddi, favorisa la publication de ces ouvrages de Machiavel , qui eut lieu dans Rome même. La dédicace de Blado d'Asola contient plusieurs passages à remarquer. 11 y est dit que l'excellence du sujet traité dans le livré est digne de la grandeur de l'esprit du prélat qui a connu, qui a aimé l'auteur, et qui chérit tout ce qui lui a appartenu. Ces Discorsij après la mort de leur père, sont comme des pupilles privés des tuteurs auxquels ils avaient été recommandés, quoique leur père les eût remplis de tant de vertu et de prudence , qu'ils étaient dignes d'instruire les princes , de fonder les républiques, de maintenir leurs lois et d'accroître leur souveraineté : les voilà maintenant livrés au caprice d'un petit nombre qui , avares de leur utilité , et envieux de la gloire d'autrui, les tiennent cachés. Celui-ci, jaloux de leurs beautés, ne les laisse pas connaître; celuilà, croyant retrouver cet oiseau fabuleux qui avait des ailes si brillantes, se pare de ses dépouilles et s'en fait un plumage. Les Discorsi furent bientôt traduits par Gohorry de Paris. Il en parut successivement deux éditions, une en i s'>44 ; loutre en i546. Elles sont dédiées à Gabriel Leveneur, évêque d'Évreux.

En j 5/|6, Jean Charrier traduisit XArt de la guerre, et le dédia au Dauphin. En 1648, on publia, sous le nom de Guillaume du Bellay, les Instructions sur lefaict delaguerre. Nous examinerons, à la fois, les traductions, les imitations, et les opinions qui auront rappbrt à \j4rt de la guerre.

Vers 1647, le cardinal Polus commença à s'élever, dans ses conversations et dans quelques lettres, contre le livre dit alors del Principe. Cet illustre personnage, qui avait tant de savoir et tant de doctrine, ne jugera pourtant qu'à traversles préventions de l'esprit départi.

aga MACHIAVEL.

C'était Thomas Cromwell, secrétaire d'état , nommé vice-gérent ou vicaire de Henri VUI, qui avait fait connaître à Polus le Traité du secrétaire Florentin. La diversité de sentiments politiques ne pouvait faire goûter à Polus, resté fidèle au Saint-Siège, ce qui lui était vanté par le ministre Cromwell en révolte contre les papes. Polus en passant à Florence avait entretenu de ses répugnances plusieurs illustres citoyens de cette ville , qui alors lui avaient répondu que Machiavel avait voidu non instruire un prince, mais représenter un tyran. C'est depuis cette époque que cette fausse opinion fut répandue en Europe. Polus raconte ces faits dans son apologie à Charles-Quint' en i55a. Comme une controverse nouvelle et violente trouve bientôt des sectateurs, Ambroise Catharin Politi, dominicain à Florence, mais Siennois de naissance (car les ennemis de Machiavel n'ont jamais été en grand nombre à Florence), homme libre et hardi dans ses discussions , qui , bien que théologien , avouait luimême qu'il ne s'embarrassait pas de l'autorité de saint Augustin, de celle de saint Thomas, et qui néanmoins était parvenu à obtenir l'archevêché de Conza dans le royaume de Naples, publia à Rome quelques dissertations politiques; une de ces dissertations est ainsi appelée : « Des liures que doit détester le chrétien y et qu'il faut tout-à-fait bannir de la chrétienté'^. » Il y a un chapitre écrit tout exprès contre le secrétaire Florentin, sous ce titre : a Combien on doit exécrer les Discorsi de Machiavel y et V Institution de son Prince ^. La censure de Catharin offre çà et là plusieurs

> Toyec tom.I , cbap. XXU, pag. 333.

* De Itbru a christiano detettandis et a chrutianismo penittu eUmintmdis.

3 Quam exsecraïuU MachiaveUi Diseursiu et I/utiiutio sui Primcipis,

Page 1