‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 150 sur 274 · CHAPITRE XLVII. agS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII. agS

arguments assez solides qui ont été répétés par les écrivains postérieurs, contempteurs de Machiavel. Jules III, qui avait été le disciple de l'archevêque de Conza , et qui approuvait ses attaques contre Machiavel, était sur le point d'élever cet archevêque à la pourpre, mais Catharin mourut subitement à Rome en 1 553. Ses dissertations avaient produit une impression défavorable au secrétaire.

Dans cette même année un Français, Guillaume Cappel , fit imprimer une traduction du livre dit del Principe de Machiavel '. La préface est adressée à monseigneur Bertrand, garde-des-seaux {sic) de France.

On y lit ces réflexions et cet éloge du secrétaire :

«Monseigneur,

Encores que le présent de ce liure soit autant petit à Yosite grandeur, comme grand à ma petitesse, d'autant que la. façon ^ qui est mienne , mesmes à mon iugement , n*est pas fort ingé^ nieuse, rétofTe et la matière, qui est d autruy, combien qu elle soit massiue , si ne peut-elle enrichir le trésor de vostre divin esprit. Toutefois se voulant eschapper qus^i de mes mains en celles des autres, ie ne pouuois en général choisir vn plus honorable sauf-conduit, aussi ne deuois-je en particulier lui adresser vn plus fauorable que vostre nom tant renonuné.., »

« Quel gré deuons-nous sçauoir à ceux qui ont bien traitté par iiures , comme boutiques de sagesse^ les sciences qui nous aparentent de plus près à Dieu, faisant resouuenir l'esprit de son origine, sans lesquelles vn homme souuent ne retient de soy que le hovql et la figure , car elles nous font pratiquer la raison qui est Qiarque de notre excellence L'intention est diueirse pour laquelle vn homme gouueme sagement ou sa personne seulq , ou sa maison , ou sa ville ; si donc la fin plus ample et digne rend celui qui la poursuit plus ex* cellent (conune elle Êiict), i'estime que la politique le. gai-«

4 J*ai donné le titre de «on onTrage, tom. I, cfaap.XXn , pag. 3 1 9.

gnera, qui est le sommet de la philosophie, laquelle est royne de notre vie, qui comprent la fin des fins, et qui iuge de tous ceux qui sont en la vie actiue (que chacun suit comme la principalle) beaucoup mieux qu eux-mesmes, sans laquelle les sciences, qui ne sont quje demoiselles ou ornemens de notre grande dame, seroient nulles : aussi est-elle, à leur égard , ce qu^est Tarchitecle et patron du nauire enuers les ouuriers et pilotes. Car le peuple ne pourroit jamais exercer ses vacations diligemment, s*il est exposé ou en proie à lennemi, ou à la mutinerie de la commune, ou à la tirannie des plus gros. Au contraire, la république estant très bien menée par les magistraz qui sont comme les âmes de son corps, et durant la guerre par armes et durant la paix par lois, qui sont ses deux principaux membres, toutes les sortes de personnes, toute la hiérarchie des estaz prouffite de bien en mieux et se conforme d vn exemple au maniment des affaires, à cette grande Prouidence diuine sur le théâtre de Tuiiiuers. C*est elle (la politique) qui a rassemblé les hommes de la vie brutale à la ciuile, pour communiquer ensemble non seulement en pais et seureté, mais en heur et félicité; puisque Thomme de sa nature est compagnable, tellement que celuy qui n'en tient est plus ou moins qu vn homme. L'excellence de laquelle gist en la difficulté : car sur tous les animaux, Thomme est le plus ingrat enuers son gouuerneur, de sorte que le propre des princes est de semer bonnes œuures pour recueillir mauuais bruict. Mesmes que cette science ( si on la doit appeller science et non plus tost vne caballe qui se baille-de main de père en filz) ne fut jamais inuentée que par nécessité, ou bien élargie du ciel à quelque diuin esprit comme l'effect de la puissance à quelque magnanime courage. Et parce que Tusage est tant nécessaire, la connoissance en est fort honneste. Toutes fois la pluspnrt en ont escript plus pour la monstre, que pour le prouflfit, souhaictant plustot que descriuant une répub.; que s'ils eussent raporté leurs escripts à ce qu'ils imaginent de faire, sans establir des gouuernemens desquels ils estoient seuls et seigneurs et subiectz , ils eussent plus acquis de ré-^

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