CHAPITRE XL VIL agS
putation entre les princes, que de vaine admiration entre les sophistes : car ny leur éloquence ny tout le sçauoir humain ne pourroit mettre en teste d*vn prince qu*il consente à sa ruine, laquelle fust adnenue si quelcun eustsuiui leur institution, entre tant qui ne la suiuoient pas. Maisnostre auteur Machiauelle applique tout à la manière de gouuemer de son tems et de son pais qui est quasi le nostre. Car le vrai but dVn autheur, et dVn seigneur potitiq., c'est de conseruer et augmenter ses estatz : ioint avec ce tu entier et sain iugement, ne se laissant transporter en faneur de nations ou de personnes, vn bon moïen de procéder, vn stile propre à la matière , yne connoissance des histoires , vne expérience assurée. D auantage il reprent les fautes hardiment , pouruoit sagement aux inconuéniens , recherche les causes de changemens. Somme, il ne lui deffaut rien pour être prince que la puissance et nom de prince : si bien qu*il a quasi osté le moîen de ses successeurs d y rien adiouter ou diminuer, et que ceux nont pas bonne opinion qui Font contraire à la sienne, et combien que d anciens laccusent de façonner vn prince trop rigoreux, si me semblent-ils
trop rigoreux eux-mesmes : le ne respondray pas à
ceux qui le blasonnent de nulle religion : car i* estime que ceux-là déclarent leur opinion plustôt qu ils ne repreignent celle d autruy , veu qu'ils mettent en auant une chose si énorme, sans aucune occasion qu'on puisse aperceuoir en ce liure. Au demourant, il a si bien traitté toutes les parties de politique , qu'il s'est acquis desia autant de louanges en tontes, que toutes les autres ensemble sur chacune. Des liures duquel toutesfois au iugement d'vn chacun , celui-cy est le mieux faict tant pour estre le dernier composé que d'autant que le subiect et forme de répub. en monarchie est la plus excellente. Ce que ie puis prouuer tant par anciennes authoritez accompagnées de raisons que par l'exemple de nostre France et de vous , monseigneur , qui estes garde et chef de la iustice : tellement que la renommée se conformant à la vérité est telle, nul païs estre si bien policé que la France, et la France mesme ne l'auoir iamais esté si
agô MACHIAVEL.
bien que maintenant, et ce par Totre moîen, monseigneur, qui confermez contre cela ceste sentence de Platon tant célébrée. Mais de vos louenges, monseigneur, i*aime mieux me taire , que les obscurcir par mon trop peu dire ne les pouuant seulement grossoyer. Au regard de moy, monseigneur, suiuant loppinion de ceux qui conseillent d aprendre les meilleures choses, les premiers, et le plus tost qu'on peut , d autant que nostre âge borné de trop court ne peut épuiser cette grande mer de sciences deriuée en mille canaus , ie me suis estudié quelque peu à la politique , en laquelle si ie me suis porté d*vn zèle mieux fondé que reiglé, etc. l'ai bien voulu faire épreuue de mon stile en la traduction de ce liure que ie n'ai voulu laisser quasi aubein ' entre tous les autres ses plus grands frères naturalisez de nostre langue , lequel ie vous supplie très humblement de prendre en bonne part comme arre de moy, et de toute ma vie dédiée à vostre seruice »
Les Français ne pourront pas m'en vouloir d*avoir si peu abrégé cette dissertation de Cappel. Je n'ai plus rien à dire maintenant de ropinion qu'il a de Machiavel. J'ai été bien aise en même temps de faire connaître de quel ton on parlait sur la politique à cette époque. Cappel a tort de dire que cet ouvrage est le dernier qu'ait composé Machiavel ; ce livre est au contraire son premier ouvrage.
J'ai lu très-attentivement la traduction qui suit cette préface. C'est un travail fort bien fait. L'auteur est compris avec sagacité, et rendu avec énergie. J'ai remarqué , chapitre XII , cette manière de suivre pas à pas l'original.
« La fin de ces belles prouesses est qu'elle (l'Italie) a été courue du roy Charles, pillée du roy Louys, forcée du roy Fernand, et villenée des Suysses*. »
< Étranger non lutnrdisé.
* Ed il fine delU loro virtù è sUUo chê quêUa è stata corsa da Carlo , pre*