CHAPITRE XLVIL
Dans la même édition de Cappel^ j'ai lu avec plaisir un petit sonnet grec composé par Daurat, poète finançais , quiflorissait vers la même époque de i553. Voici la traduction de ce sonnet :
Sur V Instruction du Prince ^ par Machiapel.
« Les sages et les sophistes de Tan ti qui té ont écrit beaucoup d'admirables préceptes sur le mérite des princes. Mais qu'est-ce qu'un Nicodès, qu'un Cyrus, qu'un Agésilas en comparaison de nos puissants monarques? Le proverbe dit : « A un autre temps convient un autre régime de vie. » De nos jours, autres peuples, autres souverains. Ils sont tels que Machiavel les a instruits d'abord en langue italienue, et tels qu'il les instruit ici de nouveau en beau langage gallique. Or si Saturne, qui régnait dans l'âge d'or, se montra fin et rusé, qu'eût-il été dans ce siècle de fer?'»
Suivant M. Weiss, ce collaborateur si zélé, je dirai ' presque cet Atlas de la Biographie universelle, qui est en même temps si bon et si modeste , Daurat a reçu de ses contemporains une place dans la Pléiade, c'est-à-dire dans la liste des sept poètes les plus célè-
4iata da Udgi, fonata da Fernando , e nntuptrata da\S9itMen, Édit. de PastigU, pag. 3o5 et 3o6. Poor une antre reoiarqoe que j'ai faite relativement À Voïk' mge de Cappel, yoyez tom. I , chap. XXII , pag. 3 1 8. > Je croif devoir encore insérer ici l'original en grec.
nXûaTa Tt xal xflcXXtora ^poi^ov oo^ol i^ï oo^urral
iXkk Tt NocoxX&I , Kupu ti xal ÈYtatXo^a» npoc Tobc i^Wpouc ox9)irro^'psvc PxaiXttç ;
JbOloç vGv h Xm»(, xal PooiXtlç Irfpoi. O?ouc J'Y} MaxiautXXoç Traî^iua* {raXiorl
nptv {Atv, àràp vûv au xiXTuqi tùoroj^ÎT). El ^ dEpx^v 7.9^^^ Tfïviiiç Kpo'voç à-]pujXô|Avrriç
Éoxt y ot^fiptiDç TToXoc fty àpxoç foi ;
tflft. A&poiToS.
298 MACHIAVEI^,
bres de son siècle : Montaigne en parle avec bienveillance '.
A la fin de Fouvrage de Cappel, on lit un sonnet latin dans lequel il est félicité sur sa traduction par Jodelle, le premier qui imagina de composer des tragédies à l'imitation des Grecs; on y trouve encore un sonnet de félicita tion , composé par Rémi Belleau, autre poëte de la Pléiade , et que Ronsard appelait le peintre de la nature; enfin une sorte de canzone sur le même sujet de Marc- Antoine Muret, Tami de Bembo, des Manuces, et le favori du cardinal Hippolyte d'Est, le protecteur constant de l'Arioste.
Machiavel , s'il avait pu lire les louanges que lui donnait Cappel , et celles qu'on prodigua à ce dernier pour le remercier d'avoir entrepris et terminé la version du livre des Principautés ^ aurait passé subitement de la joie à la colère, en entendant le jugement qu'a porté de lui Paul-Jove, en i557.
Voici ce qu'il dit en prétendant faire l'éloge du secrétaire Florentin :
c Qui ne serait pas étonné des avantages dont la nature avait favorisé Machiavel, lui qui, sans avoir presque aucune teinturedela littérature latine,s*est placé aurang des meilleurs écrivains. Doué d*une rare souplesse de talent et d'une adresse merveilleuse, il abordait tous les genres avec le même succès , et traitait un sujet plaisant ou sérieux avec la même facilité de style. Historien plein de profondeur et de finesse, il sut présenter sa nation sous un jour très-favorable : guidé par son instinct de dissimulation, il déguise habilement les passions des partis, et se montre seulement tantôt bienveillant, tantôt sévère. Nous nous plairions à accorder à son
s MoDtaîgne, tom. VI, pag. 116. Je Tai appelé DaDrat, et non paa Dorât, comme Toot fiiit quelques aateors, parce qa*il a sigoé ainai aon nom, ftt.
Auparou.