CHAPITRE XLVIL 3oi
trempe! Nous ne contrarierons pas autant Paul-Jove sur ses jugements relatifs à des passages du livre des Principautés y mais nous l'arrêterons quand il ira jusqu'à condamner les instructions , si nobles et si ver* tueuses y écrites pour Girolami, et le Traité de l'art de la guerre 9 où il voyait aussi un poison funeste. Nous accepterons les éloges pour Nicia. D'après ce que Paul-Jove , évéque de Nocera, dit de Léon X à ce sujet, faut-il tant blâmer le pontife d'avoir "fait représenter cette comédie? Si les remontrances secrètes, si les punitions, si l'autorité de la chaire, ne pouvaient plus ramener au bien l'esprit des religieux corrompus par le règne d'Alexandre VI, n'était-il pas excusable, ce pontife, d'appeler au secours de la morale ces représentations publiques où le vice était si vivement démasqué? Il y a erreur dans le îaXt de la torture ordonnée par les Médicis. Julien n'ordonnait pas les tortures de i5i3. Le cardinal Jean , depuis Léon X, se trouvait à Rome. Ce furent les hommes du propre parti des Médicis, parti qui les gouvernait alors, et non les Médicis eux-mêmes qui apprêtèrent l'instrument du supplice. Il y eut d'ailleurs seulement ordre d'arrêter Machiavel, et, comme on l'a dit, une arrestation était suivie d'un interrogatoire accompagné des tortiures. Les Médicis s'étaient réservé de pardonner, et de pardonner promptement. Machiavel ne fut qu'imprudent dans cette occasion ; il parla trop, à ce qu'il nous avoue, et il ne conspira pas ; il fîit inconsidéré : il ne comprit pas sur-le-champ qu'il fallait se taire, et que les temps deviendraient plus généreux et moins soupçonneux^. Entre la torture et la pension dont parle Paul- Jove, il s'écoula douze ans.
' Ton. I» chap. XIX , pag. a«8«
3oa MACHIAVEL.
Cassius et Brutus sont cités histonquement dans les Discorsij mais en même temps blâmés d'avoir cru pouvoir rendre des vertus à la république corrompue.
Machiavel ne vécut pas dans la pauvreté. 11 (ulfrondeuTj il est vrai, mais il ne fut pas athée : il se montra Fennemi des excès de quelques ecclésiastiques. Enfin , on a vu assez clairement l'innocence du remède auquel il demande du soulagement dans ses souffrances. Il n'y eut alors rien de téméraire dans son action ; peut-on dire qu'il joua ai^ec sa vie^? Il mourut de chagrin du peu de succès de ses démarches avec Guicciardini.
Mais il faut se détourner rapidement des victoires faciles.
A peu près à la même époque, Antoine Vacca composait des vers élégants destinés à être placés dans l'église où était déposé Machiavel.
« Qui que tu sois qui passes , esclave , apporte des fleurs et des couronnes; apporte ces présents dus à ce tombeau sacré. Car celui qui rendit les anciennes lois de la guerre et de la paix, depuis long-temps inconnues aux rois et aux peuples , Machiavel, honneur et gloire de la langue étrusque, repose ici. Cest un crime de ne pas honorer cette pierre \ »
Barthélémy Latomus disait aussi, mais avec un choix
d'expressions qui avaient quelque chose de mystérieux :
« Machiavel, quoique personne n aime à s'entendre écor-
X Le remède téméraire qn*il prît, en Jouant avec sa <vU, remède que d*aatres aatcun oot appelé an breuvage enchanté, était ce qae noos nommons une pilale €Mte dbum. Voyez tom. II, chap. XXXIX, pag. aoa. > Quisquis adis, sacro flores et serta sepuicro Adde, puer, cineri débita dona ferens, Nam veieres beili et pacis qui reddidit arteis,
Jampridem ignotas regibus et popuHs, Ethruscœ Maciavellus honos et gloria linguas^ Mie iacet. Hoc saxum non coluisse ne/as,
Édit. de Paal-JoTe, ioc. cit.