‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 160 sur 274 · CHAPITRE XLVII. 3ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII. 3ii

se fier aux étrangers. Il dit que cette maxime est bonne, et qu'il va cependant ne pas la laisser en arrière, parce que les disciples de Machiavel Fentendent et la pratiquent autrement qu'il ne l'entend. Quel crime est-il permis de faire à un politique du dommage qui peut résulter d'un bon précepte mal compris ? Le défaut est à l'intelligence sèche qui n'a pas bien entendu. La première partie se termine par une autre imprécation contre les messers, dans laquelle il y a du talent , de la vivacité et un bon esprit français.

Arrivé à la seconde partie, de la Religion, Gentillet n'a et ne peut avoir aucun avantage sur Machiavel, qui n'a jamais parlé avec indécence de la religion cathohque, quia improuvé des travers, des vices, et des excès de quelques individus, qui a loué saint François et les prélats vertueux. Mais le thème de Gentillet, sa mission absolue, sa haine sans pitié, ne lui per^ mettaient pas de s'écarter de son plan, et c'est par des sortes d'impiétés qu'il combat l'impiété prétendue de Machiavel. Comme celui-ci aurait réfuté l'épisode des habits des cordeliers! Ces religieux, dit Gentillet, consultèrent les papes pour savoir si ces vêtements devaient être courts , longs , larges ou étroits. Un pape, pour ne pas renvoyer les moines à hast vuide, leur donna une décision. D'autres papes la révoquèrent. On trouve encore des reproches si grossiers qu'ils inspirent le dégoût '. Parce que Machiavel a dit que sans doute les oracles étaient des réponses faites par les anciens prêtres païens, croirait-on que Gentillet soutient gravement que ces oracles estoient réponses diaboliques que le diable faisoit lui-même^ ou faisoit faire par quelque prêtre ou prêtresse qu'il mettoit en

' Pag. 199 , lig. 6. La même iojare est répétée pag. aoi , lig. 3o.

3ia MACHIAVEL.

ectase et hors de son sens? Voici sa conclusion :

« Ces oracles estoient voix qui yenoient des diables auxquels les payens se niy oient, soils ces noms d*Apollo, de Jupiter, et autres semblables dieux.»

La troisième partie, où Fauteur traite de la Police y est la plus longue de l'ouvrage : on y voit toujours le même empressement à dénigrer; cependant à propos du chap. XVin du Iwre des Principautés , Gentillet prend ses avantages.

« Ha pauures François ! voyez , voyez la tirasse où Ton vous attrape si souuent ! Vous parlez librement , vous vous vantez , vous descouurez vostre cœur et volonté aux machiauelistes qui sauent bien caualler vos esprits et descouurir le fond de vos cœurs , et puis ils vous font donner dedans leurs filez comme ils veulent. Eux ne sont pas ainsi, ains sont mornes, secrets, taciturnes^ qui ne laissent iamais tomber parole de leur bouche sans auoir prémédité en quel

sens vous la pourrez prendre Ces François, disent-ils,

sont volages ,esuentez, qui ne peuuent taire leurs secrets, abondans en paroles, itidiscrets, qui parlent bien souuent plusieurs ensemble, qui nont nulle retentiue en la bouche, et qui descouurent leurs pensées à chacun. »

Si c'est là le portrait d'un Français de son temps , Gentillet aurait pu être plus réservé en parlant de sa nation , et quant à ce portrait des machiavélistes, ce n'est pas à coup sûr celui du secrétaire, si franc, si brusque, si animé, si passionné, et que nous n'avons pas surpris en fausseté et en hypocrisie ime seule fois, une seule fois , je le répète , dans l'examen de toute sa vie. Nous l'avons vu flatter Laurent II, Léon X, Gément VII, mais d'un ton agréable^ élégant, gracieux et poétique : s'il s'abaissait un instant lui-même, c'était pour se relever sur-le-champ avec plus de dignité et de noblesse.

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