CHAPITRE XXVII. 3i
autrement décents (quelques r^roches qu'à oet égard j'aie paru faire indirectement à Machiavel), la scène avec Palaestra et Photis. Enfin XAsino d*oro est une composition toute différente <le celle qui porte le même titre dans les oeuvres de Lucien et d'Apulée : chez ce dernier , il y avait à prendre, si Machiavel l'avait voulu, et à nous donner en vers italiens, la description des cheveux d'une femme, qui est un modèle de grâce, d'élégance et de prose poétique; mais l'auteur, toujours préoccupé de sa pohtique, a mieux aimé continuer sur le ton qu'il avait pris déjà dans ses Decennalij et que nous verrons qu'il continuera de prendre dans ses Capitoli de V Occasion^ de la Fortune^ de V Ingratitude et de V Ambition.
Il reste à dire quelle est la vraie source où Machiavel a puisé le fond du discours de son pourceau. Il l'a emprunté à Plutarque, en prenant quelques idées dans le dialogue de cet ancien, intitulé. Les animaux de terre ont-Us plus d adresse que ceux de mer? et en paraphrasant quelques-unes des objections de Gryllus dans le dialogue de Circé, Ulysse et Gryllus ^
Depuis Machiavel, un auteur itaUen, Gelli, a composé une Circé qui, avec une véritable valeur à part, a cependant des rapports avec XAsino d'oro. La Fontaine a traité ce sujet dans ses Compagnons d Ulysse *, et Fénelon dans ses Dialogues des Morts ^.
n est singuUer qu'à propos de la dernière partie de VAsino dorOj je sois amené à établir une sorte de com-
' Voyez ces deux dùJogaes dans Platanjae » tradaction de RJcird , Paris, i79t,ni*ia,tome Xin, pAges i68 ei 3a 7,
s liy. Xn , fab. x . Je puise une partie de ces cotes dans Texcellent oavnge de M. Robert , intitalé : Fables inédites des XII* Xllf et XIV^ siècles^ Paris, i8a5, in-S*^, tome U, page 3i3.
^DfialngueS.
3a MACHIAVEL.
paraison entre quatre hommes tels que Plutarque , Machiavel , La Fontaine et Fénelon , ces quatre personnages si difficiles à rapprocher, mais tous les quatre n'ayant pas dédaigné de s'exercer sur la même question. Essayons de voir qui d'entre eux aura mérité le prix: nous laisserons de côté Gelli qui est presque convaincu d'avoir pillé Machiav^ dont Je poème est plus ancien y quoiqu'il n'ait paru que plus tard.
A moins qu'il n'ait existé avant Plutarque, quelque auteur qui le premier ait défendu ce paradoxe, ce que j'ignore, Plutarque doit être considéré comme l'inventeur. L'écrivain des Fies illustres , dans le premier dialogue que j'ai rappelé, expose quelques-unes des raisons propres k décider la question en faveur des bétes; et dans le dialogue de Circéj il ne &dt avancer par Ulysse, au premier abord, que des réfutations assez froides, et ne fait répondre par Gryllus que des observations tirées en partie de la science de l'histoire naturelle des animaux, observations empruntées à Aristote : cependant il y mêle çà et là quelques argumentations assez pressantes; malheureusement à la fin il tourne court. Quand il s'arrête, on sent qu'un tel auteur n'a pas tout dit, et l'on regrette qu'après avoir consenti à choisir un sujet pareil, il n'ait pas tiré plus de parti de cette cause qu'on peut appuyer sur tant de fondements spécieux.
Machiavel, comme Plutarque, n'a introduit qu'un autre Gryllus^porc comme Gryllus, mais Florentin au Ueu d'être Grec; ce Florentin, en beaux vers, épuise la matière et contemple le sujet du point de vue le plus élevé , sans s'abstenir d'aucune des idées amères qui peuvent se présenter à son esprit: on a entendu Machiavel.
La Fontaine, dans ses Compagnons d'Ulysse^ a