CHAPITRE XXVII
imité Plutarque seulement pour le commencement : Ulysse ayant obtenu qu*on rendrait à ses Grecs leur figure , ne va pas trouver un cochon ; il interroge im lion , un ours , un loup.
Le lion refuse la proposition du père de Télémaque.
« J*ai griffe et dents , et mets en pièces qui m*attaque ; Je suis roi : deviendrai-] e un citadin d*Ithaque ? Tu me rendras peut-être encor simple soldat : Je ne veux point changer d^état. »
L'ours se fâche de ce qu'on lui dit :
« Comme te voilà fait ! je t*ai vu si joli ! *
H répond :
« Comme me voilà fait ! comme doit être un ours. Qui t*a dit qu'une forme est plus belle qu'une autre ? Est-ce à la tienne à juger de la nôtre ?
Je m* en rapporte aux yeux d^une ourse mes amours
Te déplais-je ? va-t'en ; suis ta route , et me laisse. Je vis libre , content , sans nul soin qui me presse ,
Et te dis tout net et tout plat :
Je ne veux point changer d^état^ »
Ulysse va haranguer le loup.
« Quitte ces bois , et redevien,
Au lieu de loup y homme de bien, n
Le loup s'indigne.
« Pour un mot , quelquefois vous vous étrangle? tous.
Ne vous êtes'vous pas Vun a Vautre des loups?
Tout bien considéré , je te soutiens en somme Que, scélérat pour scélérat, Il vaut mieux être un loup qu'if/i homme : Je ne veux point changer d'état. »
Fénelon dans son dialogue intitulé, Ulysse etGryllus y n'introduit qu'un cochon, comme Mutarque et //. 3*
Machiavel. Cet aDunal exagère quelques-uns des arguments du pourceau de Plutarque , de celui de Machiavel , et des trois favoris de La Fontaine. Il cherche aussi quelquefois à plaisanter. Ulysse veut le convaincre et lui dit :
« Savez-vous, mon pauvre enfant, comme vous êtes fait ? ( Ici, il y a une description de la forme, des goûts et des habitudes du porc.) Sipeuque vous ayez de cœur, vous vous trouverez heureux de redevenir homme* »
Gryllus répond :
« Vous avez beau dire, je n*en ferai rien ; le métier de cochon est bien plus joli : il ne faut ni cuisinier^ ni barbier j
ni tailleur Pourquoi me rengager dans les besoins
des hommes ^ »
Ulysse reproche à Gryllus de ne compter pour rien l'éloquence, la poésie. . . .
Gryllus réplique :
^ Jene veux persuader personne^ et je rCai que faire d'être persuadé. Retournez à Ithaque. La patrie du cochon se trouve partout où il y a du gland. Régnez, revoyez Pénélope, punissez ses amants. Ma Pénélope est ma truie
J*aime mieux être content de mon ordure , que d*étre un homme faible , vain , léger , malin , trompeur et injuste , qui n'espère plus d'être, après sa mort, qu'une ombre triste, plaintive, et un fantôme mécontent de sa condition. »
1518. On a vu Plutarque ne saisir que la moitié du sujet. On a vu Machiavel s'en emparer, l'étreindre avec plus de force et d'enthousiasme. On a vu La Fontaine laisser bien loin derrière lui Plutarque et son pourceau grec, éviter de lutter avec Machiavel dont il dédaigne le Gryllus florentin , et ainsi se montrer supérieur à sçs deux devanciers, parce que son lion, son ours, son loup, sont des dialecticiens exercés, dont là logi-