CHAPITRE XLVIL 3i
En 1677, le seigneur de Brinon dédia à Catherine une traduction de VHistoire de Florence par Machiavel, et il accompagna son ouvrage' d'éloges trèsflatteurs pour l'historien. Cette publication obtint un grand succès.
La fin du XVI* siècle devait voir naître contre Machiavel des préventions souvent déraisonnables. Possevin , en i SgS ', non-seulement publia des écrits contre Machiavel , mais il eut la malignité de réunir, comme en corps de bataille, tous les écrits publiés en tous lieux contre le secrétaire. On croit qulnnocent IX, avant de devenir pape, rassembla, en i585, tous ces matériaux, et les remit à Possevin. Que celuici en soit l'auteur ou le collecteur, il est prouvé qu'il n'avait pas pris directement connaissance de tous les ouvrages qu'il entendait réfuter : le critique injuste cite des passages et des maximes imaginaires, et après s'être fait un plan d'idées à reprocher à Machiavel, il poursuit cette tache à l'aventure, eA continuant d'entasser des objections peut-être judicieuses, mais adressées à des fantômes, et à des propositions que jamais Machiavel n'avait énoncées. Il y avait assez à condamner dans les doctrines que nous n'avons pu nous empêcher de réprouver nous-mêmes, nous qui avions à parler à un siècle aussi éclairé que celui où nous sommes, mais il ne fallait pas sortir de la mesure : il est vrai que les progrès du protestantisme ' avaient alors justement alarmé les catholiques. Quelques écrivains de la réforme publiaient qu'ils rencontraient dans le secrétaire Florentin des arguments favorables à leur cause; mais à bien dire la vérité, il
X Réimprimé planeon foî« avec )a m^e dédicice. * Voyez tom. I» chap. XXU, pag. 333.
3i4 MACHIAVEL-
n'y en avait pas de directs autant qu'on se plaisait à le répandre : nous voyons, si l'on parle d'injures au Saint-Siège, nous voyons quelque chose de plus acre en accusations et de plus amer, de plus réfléchi en prévisions , dans la citation du passage de saint Mathieu rapporté à la fin de la lettre de la répubUque à Sixte IV'. On y trouve certainement quelque chose de plus révoltant que dans toutes les erreurs de Machiavel, et dans toutes ses attaques contre la cour romaine; et ce n'est pas Machiavel, né en 1469 y qui a pu rédiger la célèbre lettre de 1478.
Il est en même temps digne de remarque que le secrétaire, mis à l'index ^par l'autorité du Saint-Siège , n'ait pas quelquefois trouvé grâce auprès du protestant Gentillet, qui n'avait pas à défendre la cause catholique.
Quoi qu'il en soit, Antoine Possevin , autrement appelé le commandeur de Fossano, et qui appartint depuis à la compagnie de Jésus , était peut-être encore l'homme qui' aurait dû le moins , sous quelques rap* ports, chercher à renverser la réputation du politique de Florence. Possevin, quoique déjà religieux, avait été chargé par plusieurs souverains pontifes de diverses missions diplomatiques en Allemagne, en Hongrie, en Suède et en Pologne. Grégoire XIII l'avait envoyé en ambassade en Russie , et le négociateur pénétrant et ferme avait réussi à rétablir la paix entre le czar et le roi de Pologne. Il est probable que dans cette même carrière, où avait tant excellé le Florentin, Possevm avait pu être conduit par la force des choses à mettre en pratique quelques-uns des bons préceptes enseignés dans lesDîscorsi et dans les IstoriCy mais il n'avait peut-être pas lu ces deux derniers ouvrages , plus
I Voyez ploshaot, cbap. XXXVI , pag. i63.