CHAPITRE XLYII. 3i
qu'il n'avait lu le Traité des Principautés *. Cette faute, cette mauvaise foi, si l'on veut, lui a été amèrement reprochée parles amis du secrétaire. .. Qu'il y ait cal-^ cul d'ambition, ou conviction intime, ce qu'il faut toujours plutôt croire, quoiqu'on ne sache comment admettre une conviction sans examen, les ouvrages de Possevin contribuèrent à maintenir dans leur opinion une grande partie de ces hommes qui, politiques à la suite, en tout temps n'ont pas d'autre opinion que celle de quiconque en professe une, quelle qu'elle soit, hautement et sans appel*.
Possevin a cependant eu la gloire d'être en quelque sorte le maître, et très - certainement l'ami de saint François de Sales qui sut, s'il fut quelquefois sévère, allier à la sévérité des formes douces et indulgentes. Nous devons aussi à Possevin de sincères éloges pour la part honorable qu'il prit à la réconciliation de Henri IV avec le Saint-Siège.
Je ne m'arrêterai pas à une paraphrase du Traité des Principautés^ faite en latin, peut-être à cette époque, par Sylvestre Tegli de Foligno; je ne connais pas cet ouvrage : plus tard, Conring nous le rappellera.
En 1694, Thomas Bozio da Gubbio, prêtre de l'oratoire de la congrégation de Saint-Philippe deNéri,
I Voyez encore la DOte snr Posseviii, tom. I, chap. XXII, pag. 333.
> Les principaux de ces oayrages de Possevin , du moins ceux qo*il importe de signaler ici, sont intitnlés : i® Cautîo de Us quœscripsit tum MachiaveUiiSf tian is qui adçersus etim scripsit anti-Machiavellum ( il s'agît de Gentillet) eut nomen haud adscripsît. Gentillet a sa part de la crîdqne comme il le mérite ponr ses sorties indécentes contre la cour romaine, a** Excerpta ex libro III de Nobiîitate chrisHand , Hyeronimi Osorî, episcopi Algarbiensis Lusitanif de nonnuUis sententiis Nîcolai Machiavelli. Possevin a écrit aussi contre Bodin, antenr des six livres delà République (Paris, 1577), oà ce publiciste, sans paraître aimer Machiavel , a exagéré quelqnes^nnes de êtê doctrines les plos funestes.
3i6 MACHIAVEL.
comme ponrprouver qu'ilavait existépréalablement un accord, au moins relativement à Machiavel , entre ceux des ordres religieux qui paraissaient destinés à se diviser le plus dans leurs opinions sur certaines questions ecclésiastiques , Thomas Bozio publia plusieurs écrits où il attaqua vivement Machiavel '• Dans un de ces ouvrages intitulé, de F Empire de la Vertu y il réfute le chapitre XVIII du Livre des Principautés^ et il suppose que Machiavel pense qu'il vaut mieux avoir ime vertu feinte, qu'une vertu vraie. Le lecteur est à même de connaître si, entr'autres doctrines présentées peut-être cyniquement dans ce chap. XVIII, cette proposition odieuse se trouve directement recommandée. Machiavel n'a pas dit : « La vertu feinte vaut mieux que la vertu vraie; » il a dit, en commençant:
« Chacun comprend combien il est louable dans un prince de maintenir sa foi , et de vivre avec intégrité , et non avec astuce. »
Voilà la part de la vraie vertu bien dessinée , bien établie. Puis l'écrivain annonce que les hommes sont méchants, qu'ils n'observent pas leur parole, et qu'il va donner un précepte qui ne serait pas utile, si les hommes étaient tous bons. Encore une fois, sa doctrine est surtout inopportune. On ne devrait peutêtre traiter de pareilles matières c^ à danger donnée que sous le poids des désastres les plus cruels , qu'en marchant sur des poutres enflammées ; mais le terrible politique, retranché dans ses prémisses, vous crie avec assurance : « Il est louable dans un prince de <c maintenir sa foi, et de vivre avec intégrité, etc.;»
« Ce« écriu sont : i® de Imperio VirtutU , sivé Unperia pendere à veru virtutiku^ non à simitlatU, divisé en deux livres; a* de Robert BeiUeo, on livre; 3^ de iudiœ Statu andquo et novo^ quatre livres. ^