‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 163 sur 274 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

ensuite il ajoute : « Néanmoins un seigneur prudent ne doit pas observer la foi, quand une semblable observance tourne contre lui, et que les raisons qui ont décidé sa promesse sont détruites. » Il vous crie encore : <c Si les hommes étoient tous bons, ce précepte ne seroit pas bon. » Ici, Machiavel professe quelque chose de la doctrine sur le gouvernement de fait ^ que suit publiquement le cabinet des États-Unis , et que tant d'autres princes reconnaissent de même. Les tentatives de fidélité à cette famille de frères que forment entre eux les souverains (et je place ici au nombre des sour verainSy des états tels qu'ont été la république de Venise et la république de Gènes), sont bien rares de tout temps. Chacun gouverne suivant ses intérêts. On consulte ses finances avant de consulter la morale; on compte ses soldats avant de relire les traités anciens ; et, comme on est encore resté soi-même debout, et en apparence assez certain de son existence, on va chercher les tortà que peuvent avoir eus les souverains dépossédés. On dit que la Pologne ne pouvait pas être un royaume séparé , parce qu'elle n'avait pas de roi héréditaire^ roi qu'on pouvait lui donner si on eût bien voulu s'entendre. On dit que Venise était trop vieille. (Que n'a-t-on pas pubUésur le roi Gustave IV?) On dit que tant de princes allemands ne tenaient leur puissance que d'une organisation surannée ; que Gênes avait besoin de plus de bâtiments de guerre, pour protéger un commerce devenu trop étendu; enfin, que quiconqpie avait subi une injustice, ou péri moralement dans une révolution , probablement était condanmé par ime fatalité inévitable, etc., etc. Machiavel a été un grand imprudent, un grand misérable, et voici comment. Ne s'est-il pas avisé de tenir son conseil en place>publique? Je me reprends : non,

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il ne s'est adressé qu'à un seul homme, il n'a écrit qu'un mémoire isolé qui n'était que pour un seul individu qu'il a appelé ou qu'il n'a pas appelé prince, n'importe. Le secrétaire pouvait croire que son Opus^ Cille des Principautés, comme il le dit lui-même, copié de sa main, ne sortirait pas de celle de Laurent à qui il l'avait remis , ou ne serait communiqué qu'à un petit nombre de ses conseillers, discrets et réservés. Mais continuons. 11 n'en a pas été ainsi. L'Opuscule a été mis au grand jour. On en a fait d'abord des extraits, puis des copies entières; enfin, on l'a imprimé, et puisqu'on l'a imprimé, après la mort de l'auteur qui n'y pensait plus, cet auteur est un misérable, il n'en faut plus douter, il faut que de toutes parts on se rue sur le loup, sur la bête féroce. En définitive, qu'at-il fait ce coupable, qui doit être appelé méchant, et c'est la moindre injure, puis bête, lourd, p..,. men^ teur * ? Voici ce qu'il a fait. Il a osé dire ce que depuis lui on a pratiqué. Il a murmuré tout bas, qu'on était aujourd'hui ce qu'on était avant lui chez les Romains et chez les Grecs; il a professé ce qu'ensuite on a établi en règle à peu près générale en Europe, Je laisse un moment Machiavel , et son écrit, ce pauvre honteux, remis bien cacheté à un illustre Florentin qui devait en prendre plus de soin , et je me transporte successivement dans chacun des conseils où, entr'autres exemples , l'on a décidé au milieu d'un tas immense de traités d'alliance et d'amitié, où l'on a décidé, dis-je, du sort de la Pologne, de Venise, des princes allemands sécularisés, et de l'état de Gênes. Là, ce sont d'autres hommes que Machiavel qui ont pris la

X Je dis ici malgré moi rinjore de Gentillet qoe j*avaîs eo la force de dissîmnler. Voyez plus baot , chap. XLVU, pag. Six, aTaot-demière ligne : mais il reate encore à deviner quatre lettres da premier mot.

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