CHAPITRE XLVIL
parole; ce ne sont pas des précepteurs ardents, des hommes tourmentés par la faim , des logiciens raisonnant, comme il l'a £sdt, en quelques points, dans la sphère de ses erreurs, ce sont des seigneurs polis, froids, mesurés, dînant bien, discutant sur l'état du sujet déposé sous leurs yeux en travers du marbre noir^ le dépeçant avec calme, pesant les parts, retranchant la portion trop forte, ajoutant l'appoint des ames^ demandant une rivière en compensation d'une montagne, trouvant tout naturel qu'on- soit dépouillé, parce qu'on ne s'entend pas dans des assemblées turbulentes, parce qu'on a possédé une puissance fondée dans les temps des irruptions barbares, statuant que des principautés provenant de titres antiques ^ront données au membre d'une confédération nouvelle qui sera le plus voisin , et qui promettra le plus de troupes et de subsides; prêts à convenir que parce qu'on a acquis des richesses dans un commerce probe et intelligent, on doit en conséquence perdre sa liberté. Je me représente ces graves personnages, les uns allumant leur pipe avec les Chartres, les autres prouvant que l'homme est naturellement remuant et importun, disant entre eux mille fois plus d'injures à la faible humanité, que n'en a pu dire l'indiscret secrétaire, ensuite n'en persistant que davantage à renverser l'ordre antique , proférant à huis-clos de bien autres maximes, ou citant, si on veut, celles du Florentin, et se quittant en se disant dans ces propres termes : a U ce est dommage qu'il ait fallu en venir à cette extrécc mité, mais de pareilles déterminations étaient nécescc saires. La raison d'état a prononcé. Nous avons jugé « sur ses exigences; maintenant gardons-nous respecte tivement le secret sur les motifs qui nous ont décide dés. Sauvons aux hommes la honte d'une publica-
a tion des motifs qu'il faut considérer pour bien gou- <c verner les états. S'il y a lieu, nous nous reverrons a pour appliquer les inémes doctrines. Si nous n'y <c sommes plus, nos élèves, nos successeurs accoma pliront la sévère mission de la politique. »
Je me résume : je n'entends pas décrier avec aigreur toutes ces décisions dont quelques-unes (la moindre partie) ont paru impérieusement nécessaires , mais je demande si Machiavel , qui certainement est coupable dans son laisser aller indifférent, est plus coupable que quelques-uns des hommes d'état que je viens de mettre en scène, débitant aussi leur morale, remplissant, s'il faut le dire, un devoir, mais signant en dernier ressort des opérations politiques qui abattaient d'anciens intérêts, qui détruisaient en quelques pays une langue établie, et consacrée par une littérature, et qui, comme par l'effet d'une décoration théâtrale, changeaient subitement la face des Principautés.
Dans^ son chapitre XVIII , Machiavel a donc énoncé ce qu'on a fait avant lui, devant lui, et ce qu'on fera après lui , en toute éternité. Il a mérité d'être puni, dit-on, il l'a été, il l'est encore; mais ceux qui ont mis en pratique ce qu'il a conseillé, doivent assister au moins à cette autre torture, quand le supplice est continué pour Machiavel.
En 1 694 j dans son premier livre de la République y Pierre Grégoire, professeur à Toulouse, manifesta, en style injurieux, des préventions semblables à celles de Gentillet contre le publiciste Florentin.
Ici nous avons à examiner les opinions de Juste- Lipse. Dans l'avant -propos de ses Livres de la doctrine cii/iley il parle ainsi après avoir annoncé qu'il va traiter du principal.
« Ceux qui dernièrement ou hier ont tenté cette entre-