‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 165 sur 274 · CHAPITRE XL VIL 3a i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL VIL 3a i

prise, ne m'arrèlent pas, ou ne m'effraient pas. On trouve en eux, pour parler yrai, suivant ce vieil axiome de Cléobule, â(Aouffta Ti icXsov (A^poç^ Ïji'fWDf Tt icXtiOoç, inscitia in plerisquây et êermonum multitudo. Cependant je ne méprise pas Fesprit de Machiavel seul , que je trouve vif, subtil , igné. Plût à Dieu qu*il eût conduit son prince au temple de la vertu et de Thonneur ! mais trop souvent il a fléchi : pendant qu'il suit obstinément le chemin de l utile ^ il s*écarte de cette voie royale '. »

Diderîc Cornhert, d'abord graveur, ensuite conseiller pensionnaire en Hollande, et devenu plus tard Fécrivain polémique le plus hardi de son temps en faveur de la cause de la réforme, attaqua le IV^ livre de la Doctrine civile de Juste-Lipse , et se servit de ces expressions : « Ce Lipse machiavélise ; il précède « son prince dans la voie des fraudes, des homicides a et des parjures *. >» Juste-Lipse est indigné d'une telle injure , qu'il repousse en déclarant que son adversaire est un calomniateur. Il dit à ce sujet ce que pourrait dire Machiavel lui-même, contre lequel on a intenté souvent un semblable système d'accusations. On voit que le mot de machiavéliste de Gentillet commençait à s'introduire, et qu'il avait donné l'occasion de créer un verbe latin.

Maintenant, si des jours meilleurs peuvent être arrivés, n'oublions pas qu'ils se sont fait cruellement attendre. L'Europe , comme constituée en une sorte dl assises permanentes , ne cessait d'instruire le grand procès. On avait déjà ébranlé par des cris furieux la moitié de la péninsule.

Lisbonne n'était plus la seule à élever la voix con-

' Jost. Lîpt. PoUdeomm f stpe emiis doctrinœ Ubti ses, iSg^t P*f* ^* * lUe Liptius machiaveUttat ; iUe aâfraudet^ homieulia, perjuria^ principi suo prœit. Jutt. Lipf. adTemif diAlogiitam liber. iS^i, ptg. 87.

3aa MACHIAVEL,

tre le satanique secrétaire; Madrid ne devait pas rester en arrière, et laisser combattre les Portugais sans les soutenir. Ribadeneira, né l'année même de la mort de Machiavel , avait été instruit de bonne heure à le haïr. Il publia, en 1597, son Prince chrétien^. L'ouvrage de cet Espagnol est écrit, sans que l'auteur paraisse le savoir , plutôt poiu* irriter le roi d'Espagne contre les hérétiques , que pour réfuter nouvellement Machiavel. Dans sa préface, il parle du secrétaire, mais il répète les erreurs de Possevin , qui avait dit que le Traité del Principe était composé de trois livres distincts , tandis qu'il n'est composé que d'un seul livre fort court. Du reste, Ribadeneira était digne de réfuter les maximes prétendues tyranniques de Machiavel, lui qui, en rapportant la mort de Henri III, roi de France, semble approuver ce régicide, et louer cette action exécrable.

Après ces vive^ attaques contre un adversaire si redoutable, que les combattants, pour se reposer, semblaient prêter les mêmes armes dont ils s'étaient servis, à d'autres lutteurs plus frais, impatients d'entrer dans la lice , il était réservé à un sujet de Rome , à un professeur né dans la Marche d'Ancône, mais qui aurait été à Oxford apprendre à lire Machiavel, de faire entendre un autre langage relativement au secrétaire. Albéric Gentile s'exprime ainsi * au commencement du XVII*^ siècle :

« Machiavel , partisan et admirateur passionné de la démocratie, né, élevé, honoré dans Tétat d'une république, fut un grand ennemi de la tyrannie. G*est pourquoi il ne &vorise pas le tyran. Il na pas pour objet d'instruire le tyran,

' Cet oavTBge • été traduit en latin , AnTen, t6o4 , et en françait, par Balingliem»Doaa!y i6xo, in-8*.

* Dé Lfgattomhau lih. IH, cap. I.

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