‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 167 sur 274 · CHAPITRE XLVIL 3a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIL 3a

et d'extermination. II donne sans restriction des avis qui doivent être restreints. Mais si on accorde qu'il ne parle pas à un seul homme, alors il s'adresse à tant de monde !... Sur la place publique , il y a des cœurs généreux, des esprits droits , des âmes hautes et nobles. Sur le terrain on verra si son conseil est utile ; on décidera s'il est salutaire; en définitive , il y aura quelque chose de plus puissant qu'un livre , qu'un souvenir de ses écrits , qu'une doctrine d'un vieux Florentin qui conseille la conduite à tenir : la nécessité prendra la parole y dictera la destinée qu'il faut subir , ou, si l'on veut, la perversité qui doit sauver l'état. Enfin, quand on me montrerait un manuscrit de la propre main de Machiavel , en tête duquel serait écrit Del Principe y il faudrait , avant que je me rendisse à l'opinion commune, que je visse qu'il a tracé lui-ipéme cet écrit à la date précise de i5i5. Tout autre manuscrit, même de sa main, postérieur de quelques années à cette date de 1 5 1 5 , me semblerait une de ces complaisances , une de ces faiblesses auxquelles il se laissa aller dans ses plaintes , dans ses privations et dans ses misères. Le livre s'est appelé indubitablement d'abord Traité des Principautés y et il pouvait être plus volumineux que nous ne l'avons aujourd'hui; puis l'avénement de deux Médicis au siège pontifical, la gloire militaire de Jean , le mariage de Catherine avec le fils de François I*', en suggérant l'idée d'altérer ce livre , lui ont pu donner et conserver un autre nom. Chez les Latins, le terme de principauté et celui de royaume sont ordinairement opposés l'un à l'autre. Jules César dit que le père de Vercingétorix * avait la principauté

I yereingetorix cujuspater prutcxpatuii GaUiœ ioiius ohiinueraif et ob eam causant quod Rmoiruii appetebat , ùb civiiate erat interftctus. De Bel. Cal., VII, 4.

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de la Gaule, et qu'il fut tué parce qu'il aspirait à la royauté. Suétone parle ainsi de \9l principauté.

« 11 ne s'en fallut pas de beaucoup qu*il ne prît sur-lechamp le diadème , et qu il ne substituât à la nature de la principauté la forme du royaume^. »

Machiavel n'a donc pas donné des conseils de tyrannie à un prince , puisque l'état des choses à Florence ne permettait pas qu'il y eût un prince, comme nous entendons ce mot aujourd'hui : encore moins ^ à peine remis des douleurs de hifunej a-t-il adressé à un des vainqueurs un écrit moqueur et insultant, un écrit dont la moindre indiscrétion aurait trahi l'inconvenance, l'audace et la lâcheté, et renvoyé l'aUteur aux Stinche'et au théâtre de ses sonnets à Julien.

Comme il n'y a pas de longs jugements sans qu'on accorde quelque repos au prévenu et aux juges , et comme, sauf quelques débats qui ont dû m'échapper, nous sommes parvenus à la fin de la polémique contre Machiavel, qui a pu être observée dans le XVI* siècle, nous nous arrêterons ici, quoique l'acharnement des combattants ne paraisse pas se ralentir ; mais le combat va insensiblement prendre une autre face. Sur plusieurs points la mêlée ne cessera pas d'offrir des défenseurs et des adversaires. Sur d'autres points il s'élèvera comme un tiers parti divisé lui-même en deux corps; là, sans nommer Machiavel, d'une part on le louera en lui empruntant ses arguments, de l'autre part on le déchirera en flétrissant ses maximes qu'on lira souvent avec mauvaise foi.

I Née multttm Je/uit, quin statim diadema swnerety speciemque Prinàpatus in Regniformam comerttret, Viu Calig., chap. XXII.

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