CHAPITRE XLVIII
Cest un Français qui apparaît le premier au moment même où commence le XVII^ siècle. En 1601, Charron, Parisien, chanoine théologal et chantre en l'église cathédrale de Condom , publie ses trois livres de la Sagesse. U désire que nous sachions comment il classe les hommes en généraL
« • • • Il 7 a trois sortes de gens au monde, comme trois classes et degrés d*esprit« En Tun et le plus bas sont les esprits foibles et plats, de basse et petite capadté, nais pour obéir, seruir et estre mesnés, qui, en effect, sont simplement hommes. Au second et moïen estage sont ceux qui sont de médiocre iugement, font profession de suffisance, science, habileté , mais qui ne se sentent et ne se iugentpas assez, s*arrestent à ce que Ton tient communément, et l'on leur baille du premier coup , sans dauantage s'enquérir de la vérité, et source des choses, voire pensent qu'il ne l'est pas permis, et ne regardent point plus loin que là où ils se trouuent, pensent que partout est ainsy et doibt estre, que si c'est autrement , ils faiilent et sont barbares. Ils s'asseruissent aux opinions et lois municipales du lieu où ils se trouuent dès-lors qulls sont esclos.... Au troisième et plus haut estage sont les hommes doués d'un esprit vif et clair, iugement fort, ferme et solide, qui ne se contentent d'un ouï (Mre , ne s'arrestent aux opinions communes el receues , ne se laissent gagner et préoccuper à la créance publique, de laquelle ils ne s'estonnent point, sçachant qu'il 7 a plusieurs
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bourdes^ fâulsetes et impostures receues au monde avec ap« probation et applaudissement, voire adoration et réuérence publique : mais examinent toutes choses qui se proposent, sondent meurement et cherchent sans passion les causes, mosti& et ressorts iusques à la racine, aimant mieux doubter et tenir en suspens leur créance, que par vne trop molle et lasche facilité , ou légèreté, ou précipitation de iugement, se paistre de faulseté , et affirmer ou se tenir asseurés de chose de laquelle ils ne peuuent auoir raison certaine. Ceux-ci sont en petit nombre , de Tescole et ressort de Socrates et Platon , modestes , sobres, retenus, considérant plus la vérité et réalité des choses que Futilité; et s*ils sont bien nais , ayant auec ce dessus la probité et le reiglement des mœurs , ils sont vraiment sages et tels que nous les cherchons icy..., »
« En la grand' première de ces trois classes , y a bien plus grand nombre qu en la seconde, et en la seconde qu'en la troisième. Ceux de la première et de la dernière, de la plus basse et de la plus haute ne troublent point le monde, ne remuent rien , les uns par insuffisance et faiblesse , les autres par grande suffisance, fermeté et sagesse. Ceux du milieu font tout le bruict et les disputes qui sont au monde, présomptueux , touiours agités et agitans. Ceux de la plus basse marche , comme le fond , la lie , la sentine , ressemblent à la terre qui ne faict que receuoir et souffrir ce qui vient d'en haut. Ceux de la moïenne ressemblent à la régTon de l'air en laquelle se forment tous les météores, et se font tous les bruicts et altérations qui, puis, tombent en terre. Ceux du plus haut estage ressemblent à TÉther et plus haute région voisine du ciel, seraine, claire, nette et paisible.... Au reste il se trouue de toutes ces trois sortes de gens souz toute robe, forme et condition, et des bons et mauvaiz, mais bien diuersément \ »
D'après cette exposition de principes, il y a d'abord lieu de croire que Machiavel ne récusera pas un juré
' De b Sagesse y i656, EkeTier, li?. I, chap. XXXIX, pag. i6S etsair.