‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 169 sur 274 · CHAPITRE XLVIII. Sag · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII. Sag

de ce caractère. Mais il va se passer quelque chose d'extraordinaire. Croirait-on que l'auteur appuie les préceptes qu'on accuse Machiavel d'avoir répandus , et les vante à la suite de la recommanda! ion si éloquente qu'on va lire d'abord?

« Après la piété vient la iustice sans laquelle les estais ne sont que brigandages , laquelle le prince doit garder et faire valoir et en soj et autres : en soy, car il faut abominer ces paroles tyranniques et barbares qui dispensent les souuerains de toutes lois, raison, équité, obligation, qui les di* sent n*estre tenus à aucun autre deuoir qu'à leur vouloir et plaisir, qu il n'y a pas de lois pour eux, que tout est bon et iuste qui accommode leurs affaires, que leur équité est la

force, leur debuoir est au pouuoir Le prince doit estre

le premier iuste et équitable, gardant bien et inviolablement sa foy, fondement de iustice à tous et vn cbascun , quel quil soit. Puis il doibt Ëdre garder la iustice aux autres. Car c'est sa propre charge y et il est intéressé pour cela. Il doibt entendre les causes et les parties, rendre et garder à chacun ce qui lui appartient équitabletnent selon les lois, sans longueur, chicanerie, involution de procez, chassant et abolissant le vilain et pernicieux mestier de plaiderie qui est vne foire ouuerte, vn légitime et honorable brigandage (co/tce#sum latrocinium '), éuitant la multiplicité des lois et ordonnances, tesmoignage de répubUque malade..^.. Comme force médecines et emplastres du corps mal disposé, affin que ce qui est estably par bonnes lois ne soit destruit par trop de lois ' »

Charron ne s'aperçoit pas qu'il exige là une tâche qu'un mortel ne peut pas remplir. Mais il ne s'arrête pas, et, changeant de ton sans transition, il continue ainsi :

« Mais il est à sçauoir que la iustice, vertu et probité du

> Un brigindage admis, Colam , Ut. I, inprœfaU

> De la Sagesse y loe. cU,, Ut. lU, cliap. U, pag. 396.

33o MACHIAVEL.

souueraÎDy cbemme un peu autrement que cdle des privez. ÇUe a ses alleures plus larges et plus libres à cause de la grande , pesante et dangereuse charge qu*il porte et conduict , dont il lui. conuient marcher dVn pas qui sembleroit aux autres détraqué et desreiglé, mais qui lui est nécessaire, loyal et légitime. Il lui £iut quelquefois esquiuer et gauchir, mesler la prudence auec la iustice, et, comme Von diei^ cou* dre à la peau de lion , si elle ne suffit^ la peau du renard '• Ce qui n'est pas touiours et en tout cas , mais auec ces trois conditions, que pour la nécessité ou évidente et importante de Tnilité publique (c'est-à-dire de Testât et du prince, qui sont choses conjointes) à laquelle il faxX courir, cest vne obligation naturelle et indispensable : c'est touiours estre en debuoir que de procurer le bien public, salas populi^ m* prema lexesto*. Que ce soit à la deffensiue et non à Toffensiue à se conseruer et non à s'agrandir, à se garantir et sau« uer des tromperies et finesses, ou bien meschancetez et entreprises dommageables , et non à en faire. Il est permis de iouer à fin contre fin, et près du renard, le renard contrefaire. Le monde est plein d'artifices et de maUces : par fraudes et tromperies ordinaires les estats sont subuertis, dit Aristote '. Pourquoi ne serait-il loisible, mais pourquoi ne sera-t-il requis d'empescher et destourner tels maux, et sauner le public par les mesmes moyens que l'on le veut misner et ruiner ? Vouloir touiours et auec telles gens suyure la simplicité et le droict fil de la vraye raison et équité, ce seroit souuent trahir Testât et le perdre. Il ^ut aussi que ce soit auec mesure et discrétion , aifin que Ton n'en abuse pas , ^ que les nieschans ne prennent d'eux occasion de faire passer et valoir leurs meschancetez; car il n'est iamais permis de laisser la vertu et Thonneste pour suyure le vice et le déshonneste. Il n'y a pas de composition ou de compensa-

< Qui • dit cela le premier jMimii les modemet ? MeehÎATel » et après loi, Joste-Lipse, à qui Charron Tempraote en ce moment? Voyes les paroles dn Florentin , tom. ly chap. XXII, pag. 335.

> Lois des XII tables, rapportées par Cicéron. dé Leg.y ISb. XSLp cap. III.

3 In PoUtic. , Ht. V , chap. IV.

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