‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 170 sur 274 · CHAPITRE XLVIIl. 33i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIIl. 33i

tion entre ces deux extrémités, par quoy arrière toute iu^ iustice , perfidie, trahison et deslojauté. Maudite la doctrine de ceux qui enseignent (comme a esté dict) toutes choses bonnes et permises aux souuerains; mais bien est-il quelquefois requis de mesler l'utile auec Thonneste, et entrer en eomposition et compensation des deux. Il ne faut iamais tourner le dos à llionneste , mais bien quelquefois aller à l'en^ tour et le costojer , y employer l'artifice et la mêe* Car il y en a de bonnes , honnestes et louables, dict le grand saint Basile, xoXj^ xtà liraivtxji irdtvoufY^ S magna et UmdahilU astutùij et £ûsant pour le' salut public comme les mères et mesdecins qui amusent et trompent les petits enfants et les, malades pour leur santé. Bref, £ûsant à couuert ce que l'on ne peust ouuertement, ioindre la prudence à la vaillance, apporter l'artifice et l'esprit où la nature et la main ne suffit : estre , comme dit Pindare, lyon aux coups, et renard au conseil*, colombe et serpent, comme dict ta vérité diuine'. »

Après avoir ainsi presque copié Machiavel , car les correctifs accumulés par Charron pour atténuer son précepte, ne font que le rendre peut-être plus dangereux, le parisien chanoine va essayer de nous faire croire qu'il entend réfuter les livres de Machiavel.

« Machiavel traite au long comme il faut dresser et con-

> BêêSL 9 im ipnmc pn»eri, , Paris, i638, tom. I»paf. 4o9. » Voici oe p— afecoricoxd» Kndare. Charron y fiwt «Hofioa tf fèé JpHi lipM, et Jutte-Lipte d*aprè« MachkTeL

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Êv irovtt' (A^v ^ oXcAirviÇ , Atrroû dfr* ie^ntma^a ^fA^ toxti.

jtudacÙB enim simiUs ut ardmosUatem grapUer fitmendum bettiantm leonum im loBore : prudendam vero vulpes^ aquilœ quœ supina-prolapsa impetum eohibei, Piod., lathin. IV, t. 76 , éd. Bocckh. 3 De la Sagesse , loc. cit. , pag. 398-99.

duire les conjurations. Nous allons dire comme il les Eiut rompre, empescher, et y remédier'. »

Charron se trompe ici. Machiavel n'a pas dit comment il faut conduire les conjurations : il a dit comment elles sont conduites par les conjurés de tout temps et de tout pays, suivant leur nombre , leur puissance, leiu* audace ; et il a cherché plutôt à décourager les conspirateurs , qu'à leur faciliter les moyens de réussir. Quant aux avis que donne Charron , il propose les délateurs, les mesures préventives , il adopte la cruauté courte de Machiavel , et le copie pour tout ce qui est clémence prompte; ensuite il cite avec bonheur le mot de Sénèque : « Rien n'est plus glorieux à un prince que « d'avoir été offensé sans qu'il en ait tiré vengeance *. » Ainsi Charron semble en général plutôt , comme son ami Montaigne, disposé à ménager le secrétaire. C'est ce que l'on doit au moins à celui que l'on copie.

Mais un autre Français célèbre va parler avec moins de ménagements.

En 1610, Jacques Auguste De Thou manifesta une opinion tranchée sur la politique de Machiavel.

« Le duc de Nemours méprisant les ordres du duc de Mayenne , et n^ayant dans la bouche que le héros de Machiavel, il suivait dans le gouvernement public les maximes pernicieuses de sa politique, qui prescrit de paraître religieux sans Tétre, de faire de grandes promesses, de les garder, quand notre intérêt n exige pas que nous les violions , et de les violer, quand il nous en revient de grands avantages '. »

^ De la Sagesse, Moralistes Français, tom. H, liv. m, chap. IV, pag. 407. Ce passage ii*est pas dans Tédit. d^ElBevier que j*ai consnltée d*abord.

> Sénèqne, de Clementia, liv. I, chap. XX. Je donne ici la même note qo'a donnée mon confrère M. AmaaryDaval, dans son excellente édit. des Moralistes Français.

^ De Tboo y liv. CVU, trad. de Nicolas Rigaolt, 174a, in-4% t. TUI, p. 3i5.

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