‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 171 sur 274 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

Cette opinion de De Thou n'empêcha pas que son Histoire ne fut mise à F index par la cour romaine ^ comme il en avait été des principaux ouvrages de Machiavel.

De Thou était un homme sage j tolérant : il avait travaillé avec Pierre de Forget , secrétaire d'état de Henri IV, à la rédaction de Tédit de. Nantes. Bossuet invoque souvent l'autorité de De Thou , le grand auteur, le fidèle historien ' ; mais le mouvement était donné, il fallait pour quelques-uns que Machiavel fût un scélérat, et pour d'autres', qu'il eût menti.

En 1619, Gaspard Schopp qui avait changé son nom allemand en celui de Scioppio pour ne pas blesser la prononciation italienne, professe le même sentiment qu'Albéric Gentile. Machiavel, dit Scioppio ^, a voulu représenter un tyran funeste à la patrie. En paraissant indiquer les avantages (i^'/iïato^) du tyran, il montre le moyen de défendre l'état contre ce tyran.

En i633, Naudé, né à Paris, l'un des savants les plus distingués de son temps , successivement bibliothécaire du cardinal de Bagni, du cardinal Barbérini, à Rome ; Naudé , qui forma la bibliothèque du cardinal Mazarin, et dont nous reparlerons plus tard à propos d'un manuscrit que nous avons trouvé à la Bibliothèque du Roi , a loué Machiavel ^.

Une nouvelle ère plus heureuse était commencée pour le secrétaire Florentin, et c'est de Rome plus juste et plus rassurée sur les prétentions des protestants, que cette opinion raisonnable se répandit en Europe.

I Histoire des variatioiity et Défense de l*Histoife des Tariatioiis, chapitres XXXin et XXXIX.

* Pœdia poUtices , stpe tuppeiim logicœ scriptorihus poUtieU hiœ, etc., p. 3f .

3 Bibliographia poUdca^ Venise , i633, in-i», psg. 38. Cet ooTragea-été traduit en français par C. Cballine, 164a » in-8*.

Naudé» avance que dans le siècle qui a précédé, il y a eu des écrivains qui ont illustré et expliqué dans leurs t^vaux la question du principal {de principatu), et il cite comme les plus excellents Nifo ' et Machiavel.

A la même époque Grotius publia son Droit de la guerre et de la paix. Soit que des éloges donnés par Naudé à Scioppio qui avait indirectement défendu Machiavel^ en prouvant, les écrits d'Aristote et de saint Thomas à la main, qu'un écrivain politique ne pouvait et ne devait se dispenser de parler des gouvernements tyranniques, soit que ces éloges, dis-je, eussent déterminé chez Grotius un sentiment d'estime pour le secrétaire, soit que ce sentiment d'estime fût né, dans l'esprit du savant hollandais, de la lecture des écrits du Florentin , et qu'en même temps une sorte de honte arrêtât l'ambassadeur de Christine, il est à remarquer que dans un écrit aussi vaste que le Droit de la guerre et de la paix y il ne parle pas une seule fois de Machiavel.

Il rencontre sur son chemin le Droit des conjisca^ lions ^ et il passe outre après l'avoir cité comme appliqué à certaines circonstances , sans l'approuver ni le combattre directement ; il dit seulement :

« Le droit de confiscation entre dans le domaine de l'état ; mais les biens confisqués font seulement partie des revenus'.»

Machiavel a été plus hardi, et plus atni de l'humanité. Dans leurs écrits politiques, le Florentin et le Hollandais marchent souvent sur deux lignes parallèles. On dit avec raison que deux lignes constam-

X Aagnstin Nifo, Napolitain, contemporain de MachiaTel, a ^crit un lirre intilnlé : Opusenla moraiiû et poKtUa , Impriaié à Pans en 1 64 5 , in-4*.

* IVaénetion de Barbeyrac, Arosterdam , 1799, in-^i** : De rAUémtion de la aouTeraineté et dea biena de la sonveraiifetê , \\s. H, cbap. VI, pag. 871.

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