‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 172 sur 274 · CHAPITRE XLVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIIL

ment parallèles ne se rencontrent jamais ; cela e^t vrai : mais quand deux hommes marchent ainsi , on doit convenir, tout en accordant que la parole soit refusée à Fun d'eux, on doit convenir que celui à qui. elle est restée (Fauteur le plus moderne), est doué d'un grand flegme, s'il fait un si long voyage sans salu^ le voisin, ou sans le quereller. •

Ces écrivains traitent les mêmes sujets; ils puisent aux mêmes sources, ils donnent les mêmes citations, ils défendent quelquefois les mêmes doctrines. Est-ce que les livres de Machiavel, publiés en Italie depuis iS3a, ne devaient pas être un siède après sur le bureau de Grotius, ce bureau qui était évidemment chargé des écrits des philosophes anciens, des pères de l'Église, et de tous les publicistes depuis la renaissance des lettres ? Grotius ne se montre l'ennemi de la gloire de personne ; il semble, au contraire, prendre sous S(Hi patronage celle de tous ses prédécesseurs : on voit dans ce style clair, et dans ces déductions sages, que la conviction marche avec lui. Il a offert des doctrines douces et bienveillantes, mais il n'a pas reculé devant des doctrines plus que sévères, dignes de HoUi>es qui les a adoptées depuis : ces dernières sont tellement présentées, que l'amertume est adoucie par la saveur du langage , et la tempérance des paroles. Là où je ne peux admettre ni mépris, ni lâcheté, ni ignorance, je crois voir une sorte d'accord, de ménagement et de respect. Il restera à expliquer quelles ont été les convenances et les délicatesses de position qui ont commandé un tel silence.

Barbeyrac, le traducteur, semUe avoir désapprouvé cette circonspection , et nous verrons plus tard qu'il a attaqué les conséquences horribles des disciples de Machiavel et de Hobbes.

Bacon 9 en lôSa, n'imite pas la réserve inexplicable de Grotius ; il parle en ces termes :

« II faut que nous rendions grâces à Machiavel et aux écrivains de cette sorte , qui énoncent ouvertenient et sans dissimulation ce que les hommes ont coutume de faire , et non pas ce qu'ib doivent faire '. »

Bacon avait bien lu ces paroles de Machiavel :

« J*ai cru plus convenable de suivre la vérité effective de la chose, que des opinions d'imagination*. »

Nous avons atteint le commencement du règne de Louis XIYj et j'ai sous les veux un manuscrit sans nom d'auteur, que M. Molini m'a indiqué comme faisant partie de la Bibliothèque du Roi , et que M. Champollion m'a permis de consulter pour mon travail. Ce manuscrit est intitulé au verso de chaque page : apologie pour Machiauelle.

Il est question dans cette dissertation des barricades de 1648 et 1649; il est parlé du pape Innocent X comme du pape régnant : or ce pontife est mort en i655 , donc le Uvre a été écrit entre les années 1649 et i655. Il serait possible que CQtte dissertation fut l'ouvrage ae Naudé, qui ne mourut qu'en i653.

L'auteur nous déclare, comme on le verra, que le temps présent, sa qualité et sa condition lui ôtent la liberté de parler plus librement et plus fortement , et surtout de se nommer.

L'écrivain s'adresse d'abord au lecteur, et il entre ainsi en matière :

« Il semble que Machiauelle soit Tautheur et la source de touts les crimes, de toutes les malices et de toutes les im-

I De Augment, seientiarumf lib. Vn , chap. H. s Voyes tom. I , cbap. XXH , pag. 3a 4.

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