‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 175 sur 274 · CHAPITRE XLVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIIL

il n'y a rien de religieux dedans la morale, rien de sainct dedans la politique, ny rien de sacré et de rëuéré parmy les hommes , qu*il ne presche et qu*il ne conseille auec ferueur, iustice et équité. Si ses escripts sont souillés des faultes d aultruy, et si Ton yeut prendre ce qu*il accuse et ce quil condemne pour ce qu'il enseigne et quil approuue , il ne fault pas que ce desréglement le rende plus coupable ny plus odieux pour cela. »

« Que si peut-estre tous ses préceptes et touttes ses maximes ne sont conformes à celles de tant d'esprits bas et imprudens qui se meslent de donner des resgles et des àduis qu'ils n'entendent point, luy-mesme se iustifie et respond à ces contemplatifs , disant : « Plusieurs ont escript des liurés pour instruire un prince, et le ramener à une perfection en touttes Tcrtus, comme a iait Xénophon en l'institution de Cyrus. U y a aussi plusieurs philosophes et aultres qui par leurs escripts ont formé des figures et des idées de monarchies et de républiques dont il ne s'en rid iamais au monde de semblables , parce qu'il y a une très grande différence de la façon dont le monde rit à celle dont il deburoit Tiyre. Qui donc se roudroit amuser aux formes de monarchies et républiques des philosophes , en mesprisantce qui se fait, et louant ce qui se deburoit faire, il apprendroit plustost sa ruine que sa conservation : laissant donc en arrière tout ce qu'on a imaginé de la perfection d'un prince , et nous arrestant à ce qui est le vray , et suiet à estre practiqué par expérience, ie dis » etc., « estant certain que c'est une chose entièrement ridicule de former des souuerains imaginaires , d'instruire des fantosmes, de bastir des estats chimériques, et de proietter des loix qui sont aussi peu receues que peu connues et peu practiquées parmy les hommes. »

« Nostre foible nous suit partout ; nos deffaults ne nous abandonnent point : les intérêts nous possèdent en quelques lieux et quelque estât que nous soions. L'erreur est touiours auec nous , et toutte la perfection de nos actions gist à estre moins méchans que ceux qui nous regardent , et qui le sont plus que nous. Machiauelle qui est né dedans le siècle le

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plus corrompu , et dedans un pais le plus abondant pour lors en exemples de perfidie, de lascheté, d*impiëté et de tous les aultres vices que Thistoire ait iamais remarqués y ne parle en ses escripts que de choses dont il a esté tesmoing, et n'apporte quasi point d*aultres preuues pour les authori* ser, que ce qu'il a veu \ il les représente comme elles se sont passées, mais non comme elles se debuoient Satire. »

« Le comique Philoxène estant interrogé ^ pourquoi il auoit accoutumé à représenter les femmes tousiours mauuaises, et de blasmer sans cesse leur humeur en touttes ses comédies, veu que Sophocles, excellent poète tragicque , les despeignoit tousiours bonnes , gentilles et aggréables , ne faisant aucun acte publicque où il ne leur donnast quel* que esloge et quelque tiltre de gloire, respondit que luy les descriuoit telles quelles estoient, et que Faultre les représentoit comme elles debuoient estre : ainsi nostre autheur descript les princes et leurs ministres tels qu'ils sont, mais non pas tels qu'ils debuoient estre , et il les considère comme des hommes et non pas comme des anges. Il les contemple dedans leur chute, et non pas dedans Testât de leur innocence. Il connoît que le monde n'est qu'un brigandage ; il en descouure le mal, et ne le flatte point ; il enseigne comme il faut viure sur la terre pendant que nostre misère nous y attache, sans mettre en ieules choses de l'aultre monde qui sont tellement resglées sans nous et avant nous , que nous n'y pouuons rien que le respect et l'obéissance* Quantité d'esprits bourrus et délicats de leur propre foiblesse , ne pouuant supporter la naïfueté de notre autheur, faschés de leur laideur etde leurs de& faults particuliers, presnant l'espouuante et s'alarmant d'eiixmesmes , se sont imaginé qu'ils cacheroient et couuriroient leur honte et leur difformité, en taschan t de rompre et de casser le miroir et la glace qui les représentoient, et pour ce faire ont emploie tous leurs efforts , tous leurs soings et toutes leurs veilles pour condemner les escripts de ce grand homme, sans iustice, sans raison et sans fondement quelconque,

■ Érasine , Apophthegmes.

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