‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 176 sur 274 · CHAPITRE XLVIII. 34i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII. 34i

et ce aaec tant de chaleur, de haine et de passion , qu'ils se sont plus descriés eux-mesmes, que celuy qu'ils ont voulu blasmer , puisqu'ils n'ont descouuert que leur ignorance et leur calomnie, plustost que l'erreur et le poison dont ils veulent altérer la doctrine de cest incomparable et prudent politique. La pluspart de ses aduersaires sont plus malades et plus dignes de compassion que celuy qu'ils prétendent descrier. Quelques pédans l'accusent de n'auoir pas sceu de latin, comme si Platon, Aristote, Plutarque, Sénecque, Tacite et tous les plus excellens escriuains auoient connu aultre langue que celle qui leur estoit naturelle, et qu'ils auoient apprise de leurs nourrices, de leurs domestiques et du commun du peuple. Ce ne sont pas les langues estrangères qui nous font sages et prudens, c'est notre propre raison qui nous rend tels : si ceux qui ont fait les premiers liures eussent esté de ce sentiment, nous serions encore plus ignorans de beaucoup que nous ne sommes pas , et serions priués de tant de beaux ouurages qui nous ont été laissés si libéralement. Si Machiauelle a fait des liures de soj-mesme, sans les copier sur d'aultres autheurs plus grands latins que luy , mais moins pénétrans^ c'est en quoy il est plus admirable et plus digne de gloire d'y auoir si heureusement et si utilement réussi. Pour n'estre pas en grec, ils ne laissent pas d'estre plus suiuis , plus recherchés et plus nécessaires que ceux de Platon, d'AristoteetdeXénophon, qui sont plustost des méditations politiques, que des resgles et des maximes d'estat qu'on puisse mettre en practicque. Ils sont bons dedans les chaises , les cloistres et les cabinets, et ceux de nostre accusé dedans les mains des roys , des

princes et des souuerains »

« Les souuerains agissent tout aultrement que le commun peuple ; leurs actions n'entrent en parallèle qu'auec elles* mesmes ; si elles n'auoient quelque chose de plus noble , de plus parfait et de plus releué que celles des aultres hommes, leurs qualités seroient leur honte, leurs grandeurs descouuriroient leur bassesse , et leur empire ne seruiroit qu'à les mettre à la géhenne et dans la seruitude. Il n'y a pas de li-

lires où les princes soient moins flattes , n j leur poouoir moins altéré que dans ceux du Florentin , et ceux qui taschent de les supprimer et de les arracher des mains qui tiennent les sceptres et qui manient les couronnes , ce sont des ennemys des roys , des conseillers infidèles , et des gens qui prétendent à Fauthorité souueraine, parce qu'ils veulent la ruiner , ou du moins la partager en la corrompant. »

J'ai laissé parler librement rapologiste : on n'interrompt jamais même un plaidoyer passionné, quand on a écouté toutes les accusations. Mais le panégjrriste va s'efforcer de se contenir, et de se corriger lui-même. Il s'est livré à beaucoup de réflexions neuves et raisonnables, mais il paraît en même temps jusqu'ici qu'il n'a qu'un but, c'est d'excuser. Je ne partage pas ce sentiment exclusif; aussi, je citerai avec plaisir quelques restrictions dont il accompagnera maintenant ces louanges si pompeuses.

« le ne veux pas iustifier partout cest Italien , ny disputer s'il a bien et régulièrement parlé de Thistoire, des bonnes lettres, des diuersités de gouuernement, des règles générales de la politique , et de ses maximes les plus ordinaires et les plus communes , mais seulement de celles quon dit estre contre la piété et la religion , faisant voir en mesme temps iusqu'où se peut estendre la vertu des princes et des monarques , et comme ceux qui condemnent partout ce rare esprit, ressemblent à ce Fauste Manichéen dont parle saint Augustin, qui soustenoit auec autant d'imprudence que d'opiniastreté, qu'après auoir leu tout TAncien-Testament , il n'y auoit trouué aucun passage ny aucune prophétie qui parlât du Fils de Dieu ; ce qui ût dire à ceste grande lumière de l'Église pour toutte response : « Qiua non intelligit; et si car non intelUgat quispiam quœsierit^ respondebo: Quia inimkOy quia auerso anima legii '. »

' G*est parce qa*il ne comprend pai; et si qoelqn'on demande pourquoi il

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