CHAPITRE XLVIII
M Ainii ceux qui biasment nostre autheor , et qui le font plus noir que leurs robbei et leurs humeurs, ce sont gens qui ne lentendeot point , ou bien qui le lisent auec un œil esblouy et chassieux, auec un esprit ennemy et préoccupé, et auec un désir dy trouuer des crimes qui n'y sont point, pour auoir suiet de censurer les choses qu'il conseille et qu'il suggère auec innocence, iustice et équité. Il ny a pas d*estats ny de souuerainetés qui n'aient des autheurs qui leur sont suspects, et qu'ils n'approuuent point; toutes sortes de liures ont leurs enneroys, quelque bons et quelque sacrés qu'ils soient : les Mahométans haïssent la Bible auec autant d'auersion, que nous faisons leur Alcoran; les François, les Espagnols et les Allemands en veulent à Machiauelle, à cause qu'il est Italien ; les Italiens et les Espagnols condem«nentBodin, Lanoue et Dumoulin, parce qu'ils sont François , et les François ne peuuent souffirir Mariana , Bellarmin, Suarès, ni Sanctarelle, d'autant qu'ik sont estrangers et qu'ils veulent resgler nostre estât, ou comme ceux de leur pais , ou suivant les maximes qu'ils méditent dans leurs cabinets , s attachant plus à la spéculation , ou à la complaisance des princes qu'ils veulent gaigner, que non pas au désintéressement et à la practique qui est le but et la seule perfection de toutes les pensées politiques. »
Voici quelques détails mystérieux sur la position de Fauteur; mais ils ne sont pas assez étendus pour nous éclairer suffisamment : on y voit cependant que Fécrivain est un homme de réputation , qui n'a pas voulu user de toutes ses forces, et qui n'a prétendu £aiire qu'un ouvrage modeste et sans apprêt.
« l'aurois pu traitter ce suiet plus amplement , plus naïfuement, plus librement et plus fortement, si i'auois voulu; mais ny le temps présent ^ ny ma qualité , ny ma condition ^
ne comprend pM, j€ répondrai: Purce qo*il lit dans an esprit ennemi et contradiotenr. Stùnt AugutHn, defide contra Manickeos, cap. XXXVHI, et coMira Faustum^ lib. XYI, cap. XIT.
ne me le permettent point , et m'en ostent entièrement la liberté : et comme les loix de la bienséance et de la modes* tie deffendent de se monstrer nud et descouuert à touttes sortes de personnes , aussi la raison et la discrétion m'empêcheront d exposer au public ce qui doist estre réserué pour les plus sages, et ce qui n'appartient qu'aux mieux sensés et aux plus clair-voians dont le nombre est et a tousiours esté assez petit et assez rare comme chacun sçait« Encore que les^hommes semblent apporter tous leurs soings et emploier touttes leurs veilles et leurs travaux à la queste et à la recherche de la vérité, néantmoins s'ils la trouuent, ils ne la peuuent souffrir , et à moins que de leur estre fauorable , ils la mesprisent , et la reiettent entièrement, comme si elle debuoit s'accommoder à nos esprits , et non pas nos esprits à ce qui est de sa lumière et de sa connoissance. Je scais bien quil m'en faudra dire qui ne plairont point, encore qu'elles n'offencent personne , mais parce qu elles fauorisent Finnocence de celuy pour qui i'écris , et les actions des princes que ie réuère, et que sans doubte elles donneront atteinte à Tignorance, et à la calomnie de ceux qui les condemnent ; et l'aduocat , et la partie, et tous ceux qui ont intérest en la cause , seront également criminels et témérairement blasmés par une fourmillière de petits iuges aueuglés, suspects et passionnés, dont i'appelle deuant les plus sages et les mieux sensés , fondé sur les raisons que ie va desduire, et sur ceste seule déclaration que,
Amicus PlatOj sed magis arnica Tferitas^. •
L'auteur divise ensuite son ouvrage en deux livres. Dans le premier, il entend examiner treize maximes de Machiavel contenues dans les Discorsi^ et qui ont été blâmées et condamnées par divers auteurs ; dans le second livre, il entend examiner dix maximes de Machiavel tirées du traité dit Del Principe. Ce dernier
■ J*aiine Platon , mais j'aime encore plus la vérité.