‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 179 sur 274 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

cause. L'anonyme traduit ainsi un passage des Discorsi^ :

« C'est mon opinion que la religion instituée par Numa soit l'une des causes principales de la grande félicite de Rome. Car d^dle vînt le bon ordre, le bon ordre fit la bonne for* tune, de la bonne fortune procédèrent les heureuses issues de leurs magnanimes entreprises ; et j'ose dire que tout ainsi que l'estime que l'on âdt de l'honneur diuin et de l'entretien de la foy , maintient les républiques en bon ordre, aussi le mespris d'icelle est cause de leur dernière ruine. »

L'écrivain continue ainsi :

« Retrouvera-t-on un passage plus auantageux et plus exprès pour la recommandation de la religion , chez tous les pères de l'Église , que celuy-là ? Lequel de tant de censeurs en a parlé en meilleurs termes et plus religieusement ? Et sans s'arrester à la traduction dont nous nous semons, qui est la seule qui se desbitte en France sous le nom de Gaspard d'Auuergne , encore que le sieur de Vingtemille, dans l'histoire généalogique de sa maison, dise en estre le premier traducteur, Machiauelle ne dit pas qu'il faut suiure la religion par raison d'esut.... »

Je n'avais pas encore consulté ce manuscrit, quand j'ai remarqué qu'un passage du Livre des Principautés de Machiavel * pouvait être attribué à Bossuet et à Fénélon. L'apologiste ici va plus loin que moi, à propos d'un fragment des Discorsi il demande si l'on trouvera dans tous les pères de V Église un passage plus avantageux et plus exprès pour la recommandation de la religion. Je n'ai donc pas à me repentir de ma première impression , puisqu'un esprit des plus éclairés avait manifesté, avant moi, une opinion à peu près semblable.

I Lit. I, chap. U.

> Tom. ly chap.XXn,pag.3a3.

Pierre Grégoire, professeur à Toulouse, qui dans sa République a prétendu réfuter Machiavel % est à son tour combattu , et Fanonyme devait ce souvenir à cet auteur qui appelle le secrétaire homme très-pernicieux, pendard et sacrilège'. Ribadeneira est introduit ensuite, et combattu avec les propres doctrines qu'il a établies dans ses ouvrages.

Je ne suivrai pas l'anonyme dans une discussion trèslongue et très-importante sur la vanité des hommes qui répètent , en faisant semblant de le comprendre, ce qu'ils ne comprennent pas , sur ces dispositions moutonnières qui font souvent dire et faire à chacun ce qu'il a entendu et vu chez les autres.

Il est à regretter que ce manuscrit soit ainsi inachevé. L'auteur est un homme exercé à traiter ces sortes de matières; il y déploie une érudition immense, qui parait lui appartenir, car les idées s'enchaînent sans confusion , la pensée logique qui se présente d'abord ne fait place qu'à une autre pensée logique plus convaincante. Un esprit de netteté, de méthode, préside à l'exposition des faits : cependant il est dommage que quelque chose de trop enthousiaste, qu'une exagération de parti pris j si l'on peut s'exprimer ainsi, risque d'indisposer quelquefois le lecteur. Je sais bien et j'ai remarqué que l'auteur a déclaré qu'il n'approuve pas tout aveuglément dans ce que l'on regarde comme l'objet de son adoration, mais il nous a fait cet aveu si vite, et il s'est tellement hâté de nous livrer cette concession, pour n'y plus revenir, qu'en vérité, on serait tenté de le trouver trop partial, si la force des raisonnements, l'éclat de la diction, le poids des

' lib. xni, cap. XUy nnm. az.

> Fir perniciosUsimtu, furcifv^ sacnUgus, hoc* cit.

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