‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 181 sur 274 · CHAPITRE XLVllI. 35i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVllI. 35i

traduction de la dédicace des Prmdpmoés. U fait dire par Machiavel à Laurent II : a Pour que tu con^ <c naisses le génie des peuples, il faut que tu sois te prince ; pour que tu connaisses la nature des prin* <c ces, il faut que tu sois populaire. » Tandis que Machiavel a dit , comme on Ta vu : « Pour bien connaî- <c tre la nature du peuple, il faut être prince, et pour « bien connaître la nature des princes, il faut être « populaire. » Il veut dire que si Laurent, Princeps, premier de l'état, connaît ou peut connaître la nature des peuples, lui, Machiavel, populaire, connaît ou peut connaître la nature des Principi^ ou des premiers de l'état. On voit que l'erreur est assez forte. Il çst difficile de prendre une idée exacte des sentiments que Gonring manifeste dans une lettre qui accompagne cette traduction, et qui est adressée à un prince allemand. Tantôt rien ne saurait égaler Vimpéritie et l'miquité des ennemis de Machiavel : le président Gentillet est réfuté avec sévérité, et le secrétaire est un savant et courageux écrivain politique; tantôt ce même secrétaire est attaqué, le croirait-on? comme attachant plus de prix à une milice nationale qu'à une milice mercenaire. En rapportant avant et après les Ck>mmentaires ou Animad\^rsions de Gonring, plusieurs écrits insultants de Possevin, d'Osorio, de Juste-Iipse, les mêmes écrits que j'ai déjà cités, et qudiques passages d'autres auteurs à la louange du secrétaire , l'éditeur de cette immense édition semble &ire connaître que Gonring, si c'est lui qui, avant sa mort, a disposé ainsi l'édition, n'a pas eu une idée bien arrêtée sur le mérite ou les erreurs de Machiavel. G'est en effet la pensée que l'on garde , après avoir lu ce qu'il dit en bien et en mal du secrétaire Florentin dans les parties de ses ouvrages que j'ai déjà citées.

35a MACHIAVEL.

Cependant le savant allemand , dans sa dissertation sur les auteurs politiques , professe une opinion remarquable, et qui nous expliquera les sentiments qu'il communiquera plus tard à M. de Lionne , ministre de Louis XIV.

« Lipse disserte sur le royaume ou sur le principat comme si tout cela était du même genre , et devait s*administrer de la même manière. Lipse a écrit beaucoup de préceptes qui n'appartiennent pas seulement au principal y mais qui sont communs aux autres sortes de choses publiques; cependant les politiques de Lipse sont excellents et utiles. Il en est ainsi du livre [Libellus) de Machiavel De Principatu; il a cependant des choses excellentes , ce que nous montrons dans des ammadçersions particulières' . »

Ce passage de Conring me confirmerait presque dans l'idée que le livre des Principautés y outre qu'il a été altéré dans son titre, l'a été dans le contenu des chapitres, et que la censure de Clément VII, toute bienveillante qu'elle a été , en a fait extraire ce qui pouvait ne pas se rapporter à l'autorité du PrincepSj du prince, c'est-à-dire du premier dans un état, du citoyen le plus puissant , soumis cependant aux lois de la république, n'exerçant pas directement l'autorité souveraine, ne pouvant donc pas exercer l'autorité lyrannique. Sous ce point de vue , combien même les mauvais , les iniques , les injustes préceptes de Machiavel ne se trouvent-ils pas adoucis, expliqués et interprétés tels que les a entendus le politique solitaire de San Casciano!

Conring entretenait des correspondances avec la France au moment où il venait de mettre la dernière main à toutes ses dissertations sur Machiavel. Il crut,

■ ToiD. in , pag. 3 1 de rédition de Bmotwiok.

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