CHAPITRE XLVIII
de savoir qu'il ait osé attaquer leur concitoyen. Ils pensent qu'il n'y a qu'un Italien qui puisse le comprendre. U ajoute qu'il les a engagés à la patience, et qu'il prendra soin de leur Êiire voir leur compatriote habiUé à l'allemande par les soins du professeur d'Helmstad; la lettre finit ainsi :
« J*ai vu chez un noble Florentin, homme ërudit, des lettres d*Émery Bigot, Français, qui ne yous est pas inconnu à ce que je crois ' : dans les lettres il parlait de votre Machiavel, et d*im certain Français qui méditait une apologie pour Machiavel contre vous. »
Cet ouvrage qu'on annonce ici est-il celui de la Bibliothèque, ou le fragment de Naudé, resté imparfeiit , que Bigot achevait et comptait publier ? C'est peut-être aussi un ouvrage nouveau qui n'est pas parvenu jusqu'à nous.
Ces politesses échangées entre Conring et le ministre du roi ne furent pas stériles pour le publiciste allemand. Nous voyons, dans la note des gratifications accordées par Louis XIV aux savants étrangers , que Conring, sous le nom de Corrigius, y fut compris pendant plusieurs panées pour la somme de neuf cents livres *.
■ Èmtrj Bigot, né à Rouen en i6a6 , mort dans la même ville en 1689. Il tenait ches lui des assemblées d'hommes de lettres dont il était le directeur. U entretenait des correspondances arec tous les savanU de l*Europe.
* Je tire cette information de notre troisième volume, année i8a6, des Mébnges de b Société des bibliophiles français. (Ces mélanges sont tirés à ^9 exemplaires.) Voyez Tarticle intitulé : Gratifications faites par Louis XIV aux savants et hommes de lettres, depuis 1664 jusqu'en 1679. On lit page 9, année 1664, après les noms de Hensins et de Huygens (sic) : « Au sieur Cor • rigius. Allemand , (àmenx professeur en histoire, dans 1* Académie julienne
« à Hefanstadt, pour Testime que Ait S. H. de son mérite 900 Ut — . ;
«• page i5, année i665, Au sieur Corrigius, Allemand, pour gratification •• 900 Kv. ; page aa, année 1666, Au sieur Corrigius de b Tille de Uelm-
Aux admirations de l'anonyme avaient succédé les admirations plus conditionnelles de Conring.
En 1664, le sieur de Briencour s'aidant du travail de ce dernier, traduisit assez fidèlement les Discorsi et le Traité des Principautés. On remarque, aux mêmes passages de ce dernier ouvrage, les réflexions de la censure du temps de Gaspard d'Auvergne. Hobbes vient actuellement donner à ce long drame un intérêt nouveau , et semble vouloir aller au-delà des doctrines du politique Florentin dont au reste il ne prononce pas le nom. Il serait aisé d'accumuler ici plusieurs sentences d'après lesquelles on se verrait tenté de demander pourquoi aussi , par suite des reproches qu'on adresse aux esprits hardis et téméraires , on n'a pas au moins , pour varier un peu les dénominations flétrissantes , pour enrichir les langues de synonymes à souhait dans ce genre d'injures, pourquoi on n'a pas décidé que, lorsqu'on aurait trop employé la dénomination de Machiavéliste, alors, pour ne pas toujours dire le même mot, on introduirait celle de Hobbiste.
Voici ce que Hobbes établit :
« La soumission de tous à la volonii d'un seul homme, ou d'une assemblée ^ s'appelle union. »
i^ Y! union ainsi faite est appelée cité y ou société civile y et même personne cii^ile ; car, comme la volonté de tous est de- Tenue une y elle est devenue par là même une personne \ »
« «udt 900 Uv. » £d 1667, page 3oy il a le titre de premier profesaenr «a «lédecine et politique de rAcadéinie de Uelmstadt.
Il partit qa*on a cesaé de payer cette pension es 167 a. H ne aéra paa inutile de dire que aor k liste des hommes de lettres français figurent CometUe Tainé, Corneille le jeune , Ménage , Gomberrille , Racine , Quinault, Félibien , Molière, Scudéry, Méxeray, Perrault » Chapelain , Varillaa » Benaerade, Boilean, Flêchier, Saint-Réal, Galland, Chifaet, Baisse, etc., etc.
' De Cive, Impenum, Amsterdam, 1678, in -4"*, tom. II, cbap. V, pag. 37.