‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 185 sur 274 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

Jusqu'ici voilà une définition un peu métaphysique, mais on la suit, on l'entend : les conséquences ne sont pas encore invoquées par l'auteur ; il va arriver à ces conséquences.

Avertissons d'abord qu'il y aurait le plus grand danger à redouter, si on suivait le conseil qu'il va donner, et dans lequel il laisse bien loin de lui le secrétaire : tout est de la plus grande hardiesse dans ce conseil. D'abord , quoique s'avançant en apparence d'un point de départ de droit divin , il reconnaît la souveraineté du peuple. Mais que les partisans de cette opinion ne se fient pas à l'Anglais audacieux, et que tout homme qui a des sentiments différents ne le suive pas davantage pour guide! car après avoir adoré le peuple, il le détrône immédiatement et impitoyablement avec la plus grande imprudence. Le peuple s'est donc fait une seule personne , comme il a été dit plus haut. Cette personne a parlé, elle a choisi; celui qu'elle a choisi ne s'est lié à qui que ce soit, quelque serment qu'il ait fait et quoiqu'il ait reçu l'autorité. Le peuple a cessé d'être une personne; la personne ayant péri, toute obligation envers elle a péri ^

C'est plus que de la perfidie, c'est du despotisme débouté , qui s'appuie d'abord hypocritement sur le principe le plus démocratique. Les scènes de Hobbes commencent par un tremblement de terre, et tout-à-coup il voudrait que le calme et la sérénité se répandissent sur toute la nature. De pareilles idées de manquement de foi ^ ne sont pas admissibles ; il n'y aura jamais un

I De Cive, Imperium, chap. VII, p«g. 55.

* Monarcha si qmd promiserit civi^ vel pluribus temel civibus , propter quod consequens summum imperium exerceri non potest ^ promissum illud, shepactum jurato vel injurato faetum , irritmm est. De ewe , Imperium , dup. VU, pag. 58. Demandez à présent pourquoi le dernier des Stuarts est mort k Rome,

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peuple qui les souffrirait, ni un souverain vertueux qui voulût les pratiquer. Comme M. de Lionne avec son expérience modeste avait raison de dire que la politique des écrivains plane dans les airs! aussi quelquefois elle s'y égare ^ et ne revient pas sur la terre. Un bon roi et un peuple sage s'accorderont pour détester Hobbes et ses préceptes.

Ce précurseur de Spinosa parle ainsi de l'athée :

« S'il n'y a pas Ae péché qui ne soit commis contre quelque loi , s'il n'y a aucune loi qui ne soit l'ordre de celui qui possède la souveraineté, et si personne n'a la souveraineté qu'elle ne lui ait été conférée de notre consentement , comment dira-t-on qu'il a péché, celui qui aura affirmé que Dieu n'existe pas , ou qu'il ne gouverne pas le monde , ou qui aura vomi quelque autre injure contre lui? Il dira , celui-là , jruV/ n*a jamais soumis sa volonté à celle de Dieu, qu*il ne pense pas même que Dieu existe. Il dira qu^en supposant que son opinion soit erronnée, et par cela même un péché y elle doit être comptée parmi les péchés d'imprudence ou d'ignorance qui ne peuvent être punis a bon droit'. »

A la violence avec laquelle on poursuit Machiavel, ne devrait-on pas supposer que c'est lui qui a tenu ce langage ?

Je ne suis pas dans l'usage d'accabler ceux que je combats, quand il est aisé de les vaincre. Je reposerai l'esprit du lecteur sur cette idée profondément morale, mais quelquefois inexécutable, qullobbes a émise dans son Léviathan\

« Celui qui a été pris à la guerre , s'il a obtenu sa liberté à condition qu'il paiera ensuite le prix de sa rançon, est obligé de la payer. »

h De Che, Imperitim, cbap. XIV, § 19» pag. 107 et voir, * De Homine, pag. 70.

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