CHAPITRE XLVIII. 36i
C'est une condamnation de François V^. Je ne suis pas fâché, quand je quitte Hobbes hors de tout sentiment raisonnable , pour reprendre Hobbes moraliste austère, de rappeler que Machiavel a dit quelque chose de semblable. Je finirai par ce conseil partout honnête, partout salutaire :
« Les hommes doivent apprendre combien est grave la faute de maudire le chef suprême ( qu*il soit monarque ou qu'il soit assemblée) (cœtus), de disputer sur sa puissance, et de le nommer de quelque manière que ce soit, excepté pour rhonorer '. »
Ce sont là les vrais principes de Tordre : le farouche Breton s'en est souvent écarté. Hobbes paraphrase enfin quelques erreurs qui appartiennent bien au Florentin, et cependant il ne partage pas, aux yeux de beaucoup de personnes, cette sorte de dégoût qu'on affecte de ressentir pour Machiavel. On ne court pas sus sur les hobbistes. Mais craignons un mauvais exemple. Les noms injurieux se donnent facilement, et ne se retirent pas de même *. Si j'ai eu pour but de fiaire rendre une plus exacte justice à Machiavel, et de demander pour lui , aux hommes qui siègent au troisième estage de Charron, qu'ils m'aident à faire deux parts des écrits du Florentin, comme j'ai cru devoir l'exprimer dans l'épigraphe de cet ouvrage; si je veux ramènera des idées de conciliation le deuxième estage j le seul sans doute qui, après le troisième y
I De Civitate, pag. tSg
* Si OD yeiit conoaitre d*ailleHra sur Hobbes une opinioD ferme , cooni* geiue, déterminée, et en même temps remplie de la mesure convenable dans les jugements littéraires , on ne peot pas troover une critique pins digne d*estime et de looanges que celle de M. De Gerando. Il traite séyèrement Machiaye),mais il^onte que Hobbes est bien autrement coupable, Voyes Tarticle que M. De Gerando a donné snr Hobbes dans la Biogr, univ.
36a MACHIAVEL.
comprenne ces matières , je dois me contenter d'abandonner Hobbes à Puffendorff qui va le saisir corps à corps, pour détruire tout le mal qu'a pu produire la sauvage hardiesse du protégé de la famille de Devonshire'.
■ Hobbes avait été le gonvemeur de deux seignenn de U fitmllle des Cavendlsh. Le cbef de cette ftmille aajoord^bDÎ ane des plus riches de la Grande- BreUgne, reçot depuis le titre de doc de Devonshire. La dernière dachesae de ce nom, Elisabeth , née Herrey, avait ûné sa résideacse k Rome depuis 1814. lÀ, elle protégeait les lettres, les arts et les artistes, et elle s*était acqnis la considération b plos honorable. Bonne , bienfaisante poor les infortunés de tout âge, de tout pays et de toute religion, elle répandait les plus abondantes anmôiies ; quoique protestante , elle dotait les religieuses catholiques : le roi Georges IV lui témoignait tant d>stime , qn*il la char> gea même de négociations importantes auprès du saint - siège. Habituée i vivre au milieu des hommes politiques de l'opposition , et belle -sœur du comte de Liverpool, elle comprenait les affaires avec une rare sagacité. Le cardinal Consalvi , secréuire d*état du pape Pie VIT , éuit le pins assidu k rendre hommage aux qualités de la duchesse. Son crédit devint très-utile dans plusieurs moments d^embarras pour le saint-siége , et souvent même il se montra lavorable aux intérêts de la France. Jamais les deux nations n*ont vécu pins unies que dans les salons du pabis de la duchesse , embellis d'iulleors de tont ce que Rome produisait alors de plus magnifique. Canova , Camnncini , Thorvsldsen, Wioar, avaient accepté comme l'emploi de premiers ministres de la dnchesse, dans le culte qu'elle avait voué aux arts. La comtesse d'Albany, ▼enve dn prince Charles^Édonard, le dernier prétendant, mort en 178S, et qui résidait k Florence , avait voulu voir elle-même ce qu*elle appelait Us éiaU de la duchesse , son amie , et elle vint la visiter à Rome. La dnchesse de Devonshire a publié trois éditions de la cinquième satire dn premier livre des satires d'Horace. Les deux premières, in-folio, 18 16, ont été imprimées k Rome par Al. de Romams: elles sont accompagnées chacune d'une traduction en vers italiens. La traduction de la première édition est de M. Molajoni ; la traduction de la seconde a été revue par le cardinal Consalvi. Toutes deux sont ornées de gravures gracieuses représentant les Keux décrits par Horace , tels qu'ils sont aujourd'hui. La troisième édition (18x8) , in-4", est sortie des presses de la veuve Bodoni ; elle est également ornée de gravures. Ces trois éditions, tirées k un petit nombre d'exemplaires, sont fort rares. La dnchesse de Devonshire a publié aussi la traduction de Virgile en italien, par AnnibalCaro, Rome, a vol. in-folio, 18 19. Cet ouvrage, orné de cinquantequatre gravures représentant tous les sites décrits dans les douce livres de Virgile, tels qu'ils sont ai]gourd*hui, n'a été donné qn*i des souverains, k