CHAPITRE XLVIII
son opinion sur la position de François I*' vis-à-vis de Charles-Quint. Hobbes avait traité indirectement la question relative à ce monarque fidèle ou infidèle à sa parole. Puffendorff prend un parti plus réservé , et ' son conseil est donné d'une manière assez malicieuse.
N Une autre question, c'est de savoir si un prisonnier est tenu de venir se remettre entre les mains de Fennemi , lorsque la condition sous laquelle il avait été relâché ne se trouve pas accomplie. On convient qu^oui^ quand il s*agit des sujets ; mais à Tégard des princes , on a formé hien des difficultés au sujet du traité que François I^, roi de France, fit à Madrid , où il était prisonnier. Pour moi , je ne décide rien là-dessus ; je conseille seulement à ceux qui tiennent un roi prisonnier, de ne pas être trop faciles à le relâcher, avant que les conditions dont on est convenu aient été actuellement exécutée^ ^. »
En général, nous ne placerons pas Puffendorff au nombre de ceux qui ont attaqué Machiavel. D'abord prudent , circonspect comme Grotius sur le fond des doctrines , il a cependant parlé du secrétaire avec estime. Il est vrai que dans la poursuite qu'il faisait des préceptes de Hobbes, il n'avait pas le temps et le loisir de s'attaquer à deux ennemis. Il y en avait un , le plus moderne, qui méritait davantage son attention : Machiavel était donc déjà traité avec plus de ménagement.
Nous avons vu tout à l'heure Gomberville* au nombre des pensionnaires français de Louis XIV ^ : il professe dans son Discours des vertus et des vices de Vhistoire * une doctrine bien autrement hardie que celle
> Loe. oit. y tom. II, pag. 447.
» Voyex pins haut, pag. 358, NoU.
3 Mario Leroi de Gomberville, Tod des premiers membres de rAcadéraie française.
4 Pag. 149 et i5o.
de Machiavel , qui enfin conseille la force du lion , et la ruse du renard. Avec le Florentin , où la force réussit, la ruse est inutile, et il ne la juge utile que là où la force n'a pas d'action. Gomberville fait presque le procès à la force, et GomberviUe jouit en paix de la réputation qu*il s'est acquise par une foule de travaux littéraires. On dit encore de lui aujourd'hui qu'il joignit à luie raison droite et éclairée un esprit noble et élevé, et que la douceur de ses mœurs et ses vertus chrétiennes et morales le rendaient cher à la société de ses amis '; et pourtant Gomberville parlait ainsi :
« On fait rhonneur à Louis XI de dire qu*il a mis les rois de France hors de brassières ; mais on laccuse de n y avoir pas procédé en homme de bien : que c était un renard qui^ sans sortir du cabinet, faisait la guerre à tous ceux qui nuisaient à la grandeur de sa couronne. Je voudrais bien que l'on pût me prouver qu il est plus juste de déclarer ouvertement la guerre , et d^aller attaquer son ennemi avec tous ces grands appareils qui accompagnent les armées. J*aime bien mieux la ruine de Catilina sans bataille, sans tumulte et sans sédition, que la perte de Pompée avec tant de meurtres , tant de Romains égorgés , et tant d'autres malheurs qui suivent toujours les grandes défaites. Pourquoi Louis XI ne serait-il pas aussi estimé de s* être dé/ait de ceux qui l'avaient enfermé dans des bornes si étroites , sans y avoir presque rien contribué que son Conseil y que s'il les avait tous défaits avec une grande armée, comme Charlemagne défit tant de Siirrazins et d'autres peuples de l'Europe ? Quant à moi , je ne trouve pas en cela d'occasion de calomnier la mémoire d'un prince , et je louerai aussi hardiment V artifice de Louis XI que la valeur de Gharlemagne : ce sont des effets différents qui n'ont tous qu'une même cause. •
' Bîograp. umiv.f article da Mge M. WeÎM.