‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 19 sur 274 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Cependant Machiavel, qui n'avait pas pu apaiser 1518. le courroux des Médicis, ou plutôt les sentiments d'envie dont étaient animés plusieurs subalternes qui jouissaient de leur confiance, et qui redoutaient la présence d'un homme si habile auprès du maître qu'ils entouraient de leurs flatteries , avait mérité l'amitié, la bienveillance, l'affection la plus sincère de plusieurs seigneurs et citoyens Florentins qui , sur l'exemple de François Vettori, de Buondelmonti et de Rucellai, s'étaient empressés de venir même au secours de sa famille. Celui-ci, entré pauvre dans les affaires publiques , et ayant toujours vécu animé des sentiments de la plus rigoureuse probité, s'était trouvé presque dans la détresse à l'époque de la dernière révolution de Florence. Nous voyons ici que de nouveaux amis ont mérité la reconnaissance de Machiavel : il dédie à Philippe de' Nerli , un Capitolo intitulé : De V Occasion.

« Qui es-tu, toi qui ne parais pas une femme mortelle, tant le ciel t*a dotée et embellie de grâces? Pourquoi ne t arrêtes-tu pas? Pourquoi as-tu des ailes aux pieds? — Je suis rOccasion, connue d'un petit nombre, et la cause qui ra*agite est que je tiens toujours un pied posé sur une roue. Il n*y a pas de vol qui s égale à ma course. J'ai les cheveux épars devant moi ; je m'en couvre le sein et le visage , pour que personne ne me connaisse quand j arrive. Derrière la

tête je nai pas de cheveux; aussi c'est en yain qu'on se fatigue à me retenir si j'ai passé , ou si je me tourne. — Dismoi aussi qui est cet autre qui est avec toi ? — C est le Repentir. Ecoute et retiens ce que je te dis : celui qui ne sait pas me prendre , prend celui-là qui m*accompagne. Et toi , pendant que tu dépenses le temps en parlant, occupé à de vahies idées, tu ne t'aperçois pas, malheureux, que déjà j'ai fui de tes mains '. »

Ce Capitolo est imité de Posydippe. Voici la pièce de l'auteur grec ; il parle à une statue :

« Toi, qui es -tu? — L'Occasion. — Qui t'a sculptée? — Ljsippe. — De quel pays? — De Sicyone. — Pourquoi te tiens-tu sur la pointe des pieds ? — J'aime à courir. — Pourquoi tes pieds ont-ils des ailes? — Je vole emportée par un tourbillon de vents. — Pourquoi as-tu à la main ce rasoir?

> Chl sei tu che non par donna mortale?

Di tauta graziail ciel t*adorna e dota!

Perché non posi? perché a* piedi hai Taie! lo son rOccasione a pochi nota;

E la cagion che sempre mi travagli

E perché io tengo un piè sopra ona rota. Volar non é che al mio correr s'agguagU;

E pero r aie a' piedi mi mantengo

Âcciô del corso mio ciascuno abbagli.

Gli sparsi miei capei dinanzi io tengo ;

Gon cssi mi ricuopro il petto e TTolto,

Perché un non mi conosca , quando tenga Dietro del capo ogni capel mi é tolto ;

Onde in van ai afEuica on , se gli avrieBe,

Ch' io r abbia trapassato» o s' io mi yolto. Dimmi : chi é colei, che teoo viene ?

È Penitenza ; e perô nota , e intendi :

Chi non sa prender me, costei ritiene.

E tu mentre parlando il tempo spendi,

Occupato da molti pensier vani,

Già non faTTedi lasso, e non compreodi , Com'io ti son fu^ta dalle mani!

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