‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 20 sur 274 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

— Il montre aux hommes que je coupe ayec le tranchant le plus aigu. — Pourquoi ces cheveux au front? — Par Jupiter, pour qu on me saisisse quand on me rencontre. — Pourquoi es-tu chauve par derrière ? — Pour que personne ne puisse me saisir quand je suis passée. Etranger, voilà comme le sculpteur ma formée, afin qu*£^insi , devant cette porte , je servisse d'instruction aux hommes *. »

En ce qui est vivacité , rapidité , Posydippe a la palme sur Machiavel. Le poète grec ne laisse pas respivetT Occasion y par la pétulance des questions, et FOccasion ne répond pas avec moins de prestesse. Machiavel est plus lent, sa phrase est trop périodique d'ailleurs, et son culte cicéronien est ici un défaut. Mais s'il doit céder au Grec pour toute la première partie de la composition qui, dans celui-ci, est admirable, il l'emporte sur lui dans la dernière. Ce compagnon, qui est comme l'ombre de V Occasion^ offre une idée philosophique, instructive et neuve : dans Posytlippe , l'homme qui étend la main trop tard ne saisit rien; dans Machiavel, celui qui a trop attendu saisit quelque chose, mais c'est le Repentir.

Le Capitolo de la Fortune^ dédié à Jean-Baptiste Soderini, est un peu plus long. Cette dédicace nous prouverait qu'aucun Soderini ne figurait parmi les animaux des bouges de Circé. L'auteur passe en revue la révolution des empires, la mort prématurée d'Alexandre, l'assassinat de César, après avoir dit que la fortune règne dans un palais ouvert de toutes parts.

• On voit assis aux portes qui , comme on Va dit, ne sont jamais fermées, on voit le Hasard et le Sort, sans yeux et sans oreilles. Ils donnent pour récompenses , la puissance ,

» Antologia Hugonis Crotii édita ab Hyeronîmo de Bosch ^ Vltrajecti , 1 79^ > in-4®, tome U , page 478.

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les honneurs^ la richesse et la santé ; et pour peines, la douleur, la servitude, Tinfunie, la maladie et la pauvreté'. »

Jean-Baptiste Soderini était malheureux par suite de la disgrâce du gonfalonier, et l'ancien secrétaire ne balance pas à offrir des consolations au parent de l'exilé. La moralité de cette petite pièce de poésie est que les hommes heureux sont en petit nombre, et que les plus fortunés sont ceux que la mort frappe avant que leur roue ait fait des tours rétrogrades , ou que dans son cours elle les ait lancés au fond d'un précipice.

Giovanni Folchi reçut la dédicace d'un Capitolo sur V Ingratitude. Le poète était encore bien à plaindre. Il parle de l'envie qui le mord; toutefois il se félicite de ce que les muses ne sont pas sourdes à ses instances ^ non pas qu'il espère une haute couronne, mais il chante pour chasser de son esprit les douleurs qui l'assiègent. U prend pour sujet cette fatalité qui veut que les années de services soient perdues , et qui ordonne que souvent on sème dans les eaux et sur le sable. Quand la gloire des vivants déplut aux étoiles et au ciel, l'Ingratitude naquit au monde pour dégoûter les mortels. Elle fut la fille de l'Avarice et du Soupçon. (Nous retrouvons quelques doctrines desDiscorsi.) Nourrie dans les bras de l'Envie , elle vit dans le sein des princes et des rois : elle a trois flèches teintes de poison.

Il résulte du coup de la première, que l'homme

' TeggîoDsi assisi sopra délie porte,

Che , coni*è detto , mai Don son serrate, Senz^oocfai , e senz'orecchi , Caso e Sorte. Potenzia , onor , richezza , e sanitate, Stanno per premio : per pena c dulor Scrvitù, infamia, morbo e povertatc.

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