CHAPITRE XLVIII
sujet il réfute Barclay , le grand défenseur de la monarchie absolue '. Nous finirons par observer que Locke , si souvent imbu de quelques-uns des principes de Machiavel^ ne le nomme jamais.
Pourquoi les esprits élevés ^ se manquant à euxmêmes , donnaient-ils alors l'exemple d'une réserve qui n'est pas toujours excusable , parce qu'elle peut être appelée un défaut de courage ? car c'est aux grands génies à rechercher les grands génies. Qui osera fréquenter ou combattre l'aigle, si ce n'est l'aigle luimême ? C'est à l'aigle à reconnaître ses semblables. On dit même que l'auguste oiseau ne se méprend jamais , mai^ que seulement il ne consent à trouver ses enfants que dans ceux qui regardent fixement le soleil Arioste se reposant de sa grâce et de son élégance, a dit d'une voix sublime :
« Quoiqu'il revoie la ressemblance des serres , de la tête, de h poitrine et du plumage , Faigle ne veut pas reconnaître ses en&nts s'il leur manque la perfection du regard \ »
Puisque celui qui a la perfection du regard (laperfezion del lume) peut seul bien reconnaître quiconque est doué de la même vertu , pourquoi s'affranchitil de ses devoirs ? Mais les grands génies doivent être supportés avec leurs faiblesses.
Locke avait gardé le silence. Têtard, natif de Blois, mais réfugié et médecin à La Haye, entreprend de
■ Locke, du gouvernement cipU^ pag. 35 1.
* Perché simili siiino e degli artigli, E del capo e del petto e délie piume. Se manca in lor la perfezion del lume, Riconoscer non viiol Taquila i figli.
Voyez délie Satire e rime del divino Lodovico Jriosto , lîbri II. Hambourg, 1731, în-8".
37a MACHIAVEL.
traduire en langue française tous les ouvrages alors connus de Machiavel ; il fait précéder sa version d'éloges propres à venger le secrétaire de tous ses ennemis, si de telles louanges données par un talent subalterne avaient pu obtenir Tautorité des paroles d'un talent plus distingué.
L'ouvrage de Têtard est écrit d'ailleurs assez simplement. Son système d'admiration a aussi quelque chose de plus grave que ce qu'avait débité imprudemment l'un de ses prédécesseurs , Gohorry.
Ce dernier, qui dédie ses Discorsiy comme je l'ai dit ', à M. Gabriel Leveneur , évêque d'Évreux, se suppose débiteur du prélat, et il suit cette figure, en ajoutant que pour payer sa dette il a trouvé crédit chez un Florentin nommé Machiavel, Vun des plus riches et opulens de F Europe dans la marchandise dont il se mesle.
Plus loin, dans une épître au lecteur, Gohorry reprend son marchand, dit qu'il a quitté son propre pays, pour être reçu à celui de France.
« Je vous assure que quand vous Faurez un peu accointé, vous ne voudrez pas , pour chose du monde , ne l'avoir cogneu , car il est homme rond et entier y qui fait aussi bon marché à Tun qu'à l'autre. Il ne vend rien qu'en gros; sa marchandise n'est fardée j ni parée : il expose en plein jour à qui en veut, et n'a qu'un mot ^. »
Têtard prend un ton plus sévère , mais il lui manque quelque chose de la connaissance intime de la langue. On soupçonne que c^est à l'aide du latin qu'il cherche à comprendre l'italien. Souvent le latin en cela est un bon guide, mais il y a une phrase purement italienne,
I Voyes plas baot, pag. agi.
> Préfiicet de Gohorry, 1571 , in-i6.