‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 193 sur 274 · CHAPITRE XLVUL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVUL

née dans le moyen âge, inventée à peu près par Boo cace, et perfectionnée par Machiavel, qu'avec toute l'aide du latin , on ne peut saisir. Beaucoup d'anciens mots romains ont bien gaixlé leur acception primitive; mais des inversions moins régulières , des hardiesses plus imprévues , et des conventions d'une tout autre nature rendaient trop difficile la tâche du médecin de Blois , que son latin et son français se cotisant en vain y ne pouvaient jamais soutenir assez contre tant d'obstacles.

En 1694, Amelot de Lahoussaye publie une troisième édition corrigée de sa traduction intitulée , Le Prince de Machiavel ^ et il la dédie au grand-duc de Toscane.

Machiavel avait dédié son ouvrage à Laurent 11^ comme un maître fait à son disciple; Âmelot adresse le sien au grand-duc qu'il regarde comme un prince consommé dans la science du gouvernement, et comme un juge qui discerne parfaitement la vraie poUtique, et qui a le secret de tenir la balance entre la raison d^état et la religion.

Amelot se loue ainsi lui-même dans sa préface :

« Elle est si fidèle ( la traduction) que je pourrois me vanter qu'il seroit assez di£Bcile d'en faire une qui le f&t davantage , et si claire que je ne crois pas qu'il s'y trouve rien qu'il faille lire plus d'une fois pour l'entendre, quoiqu'il y ait dans l'original quelques endroits qui ne sont pas tout* à-fait intelligibles «

Le traducteur ne fait pas dans la dédicace le contresens que nous avons trouvé dans Conring.

J'ai lu attentivement, et je relis toujours avec plaisir l'ouvrage d' Amelot. Il s'est vanté, et je n'ai pas cité les éloges qu'il se donne , pour en rire. Il avait à bon droit la conscience de son mérite. Sa traduction

est estimable , toutes les fols qu*a ne se permet pas de restreindre le texte , ce qui lui arrive aîssez souvent. Il en demande pardon dans ses notes , mais je crois qu'il a tort d'altérer ainsi l'expression de son auteur. Les notes qui accompagnent la traduction, sont excellentes. La plupart sont puisées dans Xénophon, Tacite, Tite-Live, Velléius-Paterculus, Sénèque, Pline le jeune, Justinien, Gaspard d'Auvergne, et Panvini, Nardi, fra Paolo, Italiens : mais c'est surtout dans Tacite qu'il recherche les opinions de Machiavel , et toujours avec succès.

Amelot traduit ainsi les quatre vers italiens de Pétrarque par lesquels Machiavel a terminé son ouvrage' :

« La Justice au combat défiera la Fureur , Et saura lui donner une si rude atteinte, Que Ton verra bientôt, que l'ancienne valeur, Du cœur italien n'est pas encore éteinte. *

La France applaudissait au courage d'Amelot. L'Italie, excepté Florence, était encore dominée par les injures du P. Jean Laurent Lucchésini. Il avait publié un ouvrage intitulé : Saggio délie sciocchezze scoperte nelle opère del Machiavelli del padre Luc^ chesini. Cette prétention de trouver des bêtises, des sciocchezze , dans l'ouvrage d'un homme tel que Machiavel (ce genre d'injures était du reste imité de Gentillet), fut jugée à la fin tout-à-fait présomptueuse. On se moqua beaucoup plus tard du défaut d'intelligence d'un libraire qui, pour mettre un titre sur le dos du livre, y écrivit par abréviation, Sciocchezze del P. LuC' chesini {^Bêtises du P. Lucchésini) j sans placer un point ou une virgule entre le premier mot et le second. L'ouvrage ne se releva pas de ce ridicule.

* Voyes tom. I, chap. XXH , pag. 367.

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