CHAPITRE XLVIII
Nous avons à examiner le jugement porté par Bayle sur Machiavel.
T^ tâche ne sera pas difficile.
Bayle a peu paiié d'après lui-même. 11 cite toutV Éioge de Paul-Jove, il adopte les mêmes conclusions. C'est Paul-Jove qui comparait une seconde fois. L'annotateur de Bayle, M. des Maizeaux , mérite aussi lui-même des reproches , quand il dit que Machiavel a composé une comédie appelée Nicia^ et que cette comédie ne fait pas partie des œuvres imprimées de son temps, où l'on voit seulement , dit-il , la Mandragola et la CUzia, Mais la Mandragola et Nicia c'est la même chose. Nicia seulement est le nom de l'homme crédule qui veut avoir des héritiers, et la Mandragola est le nom de la potion qu'un fripon offre de donner à la femme de Nicia. ^
Bayle ne peut donc être compté qu'au nombre de ceux qui ont répété ce que d'autres avaient énoncé sur Machiavel.
Ce que j'ai dit de la réserve de plusieurs grands génies qui s'étaient abstenus de parler du secrétaire, ne peut s'appliquer à Leibnitz qu'on a appelé à si juste titre le savant le plus universel des temps modernes. Il était assurément impossible que l'auteur du Traité sur le droit de souveraineté et d ambassade^ et du Codex juris gentium diplomaticus^ ne proférât pas un jugement sur le secrétaire Florentin. C'est ce jugement qui va clore les diverses opinions émises sur Machiavel jusqu'à la fin du XVII* siècle. Leibnitz que sa constante urbanité faisait chérir de tous ceux qui le connaissaient , ou qui correspondaient avec lui , ne pouvait aussi exprimer qu'une opinion sage , ferme et obligeante. Il parle ainsi :
« Quoique sans doute il y ait beaucoup de passages dignes
de rëpréhension dans Machiavel , je ne voudrais pas cependant qu*on traitât de sot et d*inepte un homme d'un grand génie. Il est de la justice de rendre à chacun ce qui lui est dû. Même chez nous , Herman Gonring a publié une certaine apologie de Machiavel, en expliquant ingénuement ce qu il faut louer, ce qu il faut reprendre dans Thomme. Je voudrais aussi que la défense par Schopp , eût été plus étendue, car Schopp a été un juge de ces questions quil ne faut pas mépriser '. »
Machiavel , Conring et Schopp doivent être trèssatisfaits de cette sentence. Elle blâme les déclamations outrées de Polus, de Catharin, de Gentillet, de Possevin, etc., et elle loue avec discernement Schopp , Conring, et tous ceux qui, en se montrant sévères sur quelques points, ont admiré sur les autres la pénétration et la hardiesse de l'illustre Florentin.
Nous reprendrons haleine avant de poursuivre l'examen des autres ouvrage;s des amis et des ennemis du secrétaire dans le XVIII® siècle.
» Édit. de Genève, 1768 , tom. VI, p. agS.